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Madame le Conseiller d'Etat,
Messieurs les Ministres,
Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,
C'est avec grand plaisir que je participe aujourd'hui, avec M.
AILLAGON, ministre de la Culture, et M. ANGREMY, Président
du Comité des Années France-Chine, au lancement
officiel de l'Année de la Chine en France.
Permettez-moi tout d'abord d'adresser mes remerciements à
Mme CHEN ZHILI, Conseiller d'Etat de la République Populaire
de Chine, pour avoir accepté de présider, avec M.
SUN JIAZHENG, Ministre de la Culture et M. ZHOU JI, Ministre de
l'Education, le lancement de cette année exceptionnelle.
Pour la première fois, la Chine s'engage à présenter
à un public occidental, pendant une année entière,
son patrimoine, sa culture, ses créations et ses modes
de vies. Nous sommes particulièrement honorés de
ce que la Chine ait choisi la France pour cette ambitieuse entreprise.
Dans un an commencera l'Année de la France en Chine, et
nous nous y préparons d'ores et déjà avec
un fort esprit de mobilisation.
Voulues par nos chefs d'Etat, inscrites dans notre partenariat
politique, ces Années croisées sont aussi l'aboutissement
de près de cinq siècles d'échange entre nos
deux pays, et surtout la promesse de leur renouvellement. Civilisation
plurimillénaire, la Chine n'a jamais cessé d'exercer
un attrait considérable sur notre pays.
A l'origine, la France se passionne pour la chine à travers
l'aventure des Jésuites, porteurs d'une ambition religieuse
et scientifique, et admis dès le début du XVIIème
à la Cour de l'empereur (de Wan Li jusqu'à Qian
Long). De ce moment inaugural de la rencontre entre nos deux pays,
je souhaite d'abord retenir un même mouvement d'étonnement
d'abord, puis de fascination, et d'admiration mutuellement partagés.
A l'intérêt de l'élite chinoise pour l'astronomie,
les mathématiques et la cartographie occidentale répondent
une curiosité analogue pour les théories cosmiques,
les conceptions politiques et sociales, les arts et techniques
des Chinois. En suivant Etiemble dans ses travaux sur l' «
Europe chinoise », on mesure aujourd'hui la part de la Chine
dans la formation du monde moderne en Occident : utilisation par
Leibniz, le plus sinophile des philosophes, de la notion de «
li » comme équivalent du principe d'immanence de
sa « monadologie », idéalisation par les libres
penseurs du Siècle des Lumières d'un Etat fondé
sur la Raison et le droit naturel (et on pense à la figure
voltairienne du despote éclairé), emprunt de la
Révolution française au système de recrutement
des mandarins par concours, autant de contributions exemplaires
de la Chine au développement de notre modernité.
Dès cette période, la Chine est inscrite une fois
pour toutes au coeur du débat des idées et alimente
les sources de notre imaginaire.
Plus proche de nous, après les défricheurs et les
savants, vient le temps des poètes, Claudel, Segalen, Saint
John Perse, Michaux, chacun avec une intuition fulgurante et prodigieusement
féconde de la Chine : « quelque chose d'immémorial,
de permanent, de démesuré et de clos » pour
Claudel, « terre arable du songe » et « l'envers
et comme le spectre même de la mer » pour Saint John
Perse.
Tout en refusant de céder aux tentations nostalgiques
et aux visions parfois passéistes de la Chine, nous devons
rester pleinement conscients de ce précieux héritage,
qu'il nous appartient aujourd'hui de prolonger et d'enrichir.
Les nombreuses manifestations qui vont se succéder sur
l'ensemble de notre territoire à l'occasion de l'Année
de la Chine s'inscrivent à mes yeux dans cette histoire
multiple, ce dialogue inspiré entre nos deux pays.
Au cours des années récentes, la culture chinoise
a su capter l'attention d'un public toujours croissant. Elle n'est
plus désormais le seul apanage des sinophiles : je pense
en particulier au cinéma chinois, régulièrement
primé dans les grands festivals internationaux, et qui
a su gagner le coeur des cinéphiles français, aux
lettres chinoises, grâce aux traductions de plus en plus
nombreuses, mais aussi sous la plume s'auteurs d'origine chinoise
écrivant directement avec brio dans notre langue, tels
que Shan Sa, avec « la joueuse de Go » et l' «
Impératrice » ou Dai Dijie, avec « Balzac et
la petite tailleuse chinoise », à vos jeunes artistes
enfin, comme en a témoigné, tout récemment
le succès de l'exposition « Alors la Chine ? »
au centre Pompidou, formidable panorama prouvant la vitalité
de la création chinoise contemporaine.
Le moment était donc venu de nous montrer ambitieux, de
proposer au grand public française et, au-delà,
européen, les moyens de satisfaire une curiosité
en expansions, de renouveler et d'approfondir la connaissance
qu'ont d'eux-mêmes nos deux peules. De son côté,
la Chine est engagée dans un processus d'ouverture remarquable.
Elle a adhéré à l'OMC. Elle organisera les
Jeux Olympique en 2008 à Beijing, et l'exposition universelle
à Shanghai en 2010, autant d'échéances majeures
auxquelles la France a d'emblée apporté son soutien
actif. La volonté d'échanges est donc intense, de
part et d'autre. C'est pourquoi au-delà des gouvernements,
ce sont tous les acteurs de la vie économique et sociale
de nos pays qui vont participer à ces évènements.
Je tiens en particulier à saluer les entreprises qui ont
choisi d'apporter une généreuse contribution à
l'organisation de certains de ces évènements, telle
l'une des expositions phares de cette Année de la Chine
qui sera consacrée au thème des « montagnes
sacrées ».
Des manifestations d'envergure et de grande qualité, qu'évoquera
plus précisément Jean-Jacques Aillagon, nous permettront
ainsi d'appréhender la Chine sous toutes ses facettes,
et en particulier sa diversité, son dynamisme, son effervescence
créatrice.
En décidant de s'ouvrir plus largement l'une à
l'autre, la France et la Chine entendent également célébrer
les liens si étroits qui les unissent et mettre en valeur
leur souci partagé en faveur du renforcement d'un système
multilatéral, fondé sur la responsabilité
collective et le respect du droit.
Dans cet esprit, les Années croisées entendent
faire la démonstration des mérites et des exigences
de la diversité culturelle, je suis frappé à
cet égard de voir à quel point nos amis chinois
et nous-même nous rejoignons dans une ambition commune,
consistant à défendre un monde ouvert à la
différence, où la culture de l'autre doit être
jugée comme une chance et non comme une menace. La diversité,
qui suppose sans doute le repect de nos traditions respectives,
passe surtout par la multiplication des passerelles et des échanges
culturels entre les peuples, grâce au dialogue et dans une
optique d'enrichissement mutuelle.
Loin d'adhérer à l'idée d'un monde confronté
au choc des civilisations, la France et la Chine soutiennent une
conception des relations internationales fondée sur le
dialogue et l'utilisation des instruments de concertation entre
les nations. A l'ONU ou à l'OMC, sur l'Irak ou la mondialisation,
la France et la Chine se retrouvent ensemble, de plus en plus
souvent, pour défendre le dialogue et la concertation,
elles cherchent ensemble les moyens de répondre aux défis
d'aujourd'hui, qu'il s'agisse du désaimement, de l'aide
aux pays les plus pauvres ou de la promotion du développement
durable. Là où nous avons des divergences , et ceci
est inévitable entre deux authentiques partenaires, nous
avons choisi d'en parler de manière franche et constructive,
en évitant la polémique stérile et la diplomatie
déclaratoire.
L'enjeu des Années croisées ne s'arrête dons
pas à l'échange des différentes expressions
culturelles, qu'il s'agisse du patrimoine ou de la création,
entre nos deux pays. Comme il y a près de cinq siècles,
c'est une même démarche, qui s'attache, en jetant
des passerelles entre les cultures, à faire émerger
un monde solidaire, privilégiant la concertation entre
les membres de la communauté internationale, et respectueux
de la diversité. François Cheng, académicien
et guide incontournable pour notre apprentissage de la chine,
l'a superbement dit, dans son bref texte « le dialogue »
: « l'image idéale d'une culture n'est-elle pas un
jardin à multiples plantes qui rivalisent et qui, par leurs
résonances réciproque, participent à une
oeuvre commune ? ».
Je forme aujourd'hui des voeux de réussite pour ces deux
magnifiques évènements de la Porte dorée,
« La Chine vue de près » et « Premières
lueurs sur l'Orient, l'aventure de la peinture chinoise au XXème
siècle », qui ouvrent l'Année de la Chine.
Je suis convaincu que le public français y répondra
avec enthousiasme et reconnaissance. J'y vois, pour ma part, le
symbole de notre coopération renouvelée.
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