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Mise à jour 09:00(GMT+8), 18/04/2002
HORIZON  

Docu : La Tunisie et sa culture pluraliste

La Tunisie est un état du Maghreb limité à l'ouest par l'Algérie (1 050 km de frontière commune), au sud-est par la Libye (480 km de frontière), au nord et à l'est par la mer Méditerranée.

La Tunisie occupe une place singulière dans le Maghreb et dans l'ensemble méditerranéen. Terre romaine puis ottomane, l'ancienne Ifriqiya des Arabes, à la pointe septentrionale du continent, a été marquée depuis l'indépendance par trente années de pouvoir de Habib Bourguiba et par le passage d'une politique socialiste à une orientation plus libérale.

La Tunisie est une république de type présidentiel et pluraliste. Selon la Constitution, le président de la République, élu au suffrage universel pour une durée de cinq ans et rééligible une fois, détient l'essentiel du pouvoir: chef suprême de l'armée, il nomme le Premier ministre et les membres du gouvernement. L'Assemblée nationale, dont les députés sont également élus pour cinq ans, est composée de 141 membres; elle peut demander au gouvernement de lui rendre compte de son action

La langue officielle est l'arabe, mais le français est utilisé fréquemment, tandis que le berbère, en voie d'extinction, ne subsiste plus que dans quelques villages de la zone désertique méridionale et dans l'île de Djerba.

La Tunisie a donné aux lettres et aux sciences arabes des noms aussi célèbres que ceux d'Ibn Charaf al-Qayrawani, Ibn Rachiq, Ibn Khaldoun et Abou al-Qasim al-Chabbi; depuis l'indépendance, cette importante production intellectuelle a trouvé un nouvel essor. Al-Bachir Khrayyif (né en 1917), romancier réaliste, donne une place importante à la femme. Son contemporain Mohammad al-Arousi al-Matoui a une veine plus poétique (les Mûres amères). Parmi les nombreux nouvellistes se distinguent Ali al-Douadji et Izz al-Din al-Madani (la Littérature expérimentale, 1969), contestataire et formaliste (l'Homme zéro). Le recueil de nouvelles de Samir al-Ayyadi, le Vacarme du silence, est plus formaliste encore. Dans un autre genre, plus proche de la philosophie que de la littérature, se place l'?uvre de Mahmoud al-Masadi (le Barrage, 1955). La poésie de al-Tahir al-Hammami, en arabe dialectal, replace le peuple au centre des préoccupations. Salah Garmadi (Allahma al hayya, «la Chair vive», 1970) écrit aussi en français.

Des années 1920 aux années 1950, la communauté juive a donné de nombreuses ?uvres en français; l'écrivain le plus célèbre reste Albert Memmi (la Statue de sel, 1953). L'essor de la nouvelle littérature tunisienne de langue française débute dans les années 1970: Mustapha Tlili (la Rage aux tripes, 1975) traite notamment de l'exil; lui aussi romancier, Abdelwahab Meddeb (Talismano, 1979; Phantasia, 1986) tend à l'essai et au poème dans une prose complexe. Citons aussi: Fawzi Mellah (le Conclave des pleureuses, 1987), Anouar Attia (De A jusqu'à T, 1987). L'école poétique est abondante: Salah Garmadi, poète bilingue (Nos ancêtres les Bédouins, 1975), Hédi Bouraoui (Vésuviade, 1976), Moncef Ghacem (Car vivre est un pays, 1978), Majid El Houssi (Iris Ifriqiyya, 1981), Mohammed Aziza, dit Chems Nadir (le Livre des célébrations, 1983), Tahar Bekri (le Chant du roi errant, 1985), Hafedh Djedidi (Intempéries, 1988). Les femmes écrivains sont nombreuses: Souad Guellouz (les Jardins du Nord, 1982), Hélé Béji (l'?il du jour, 1985), Emna Bel Haj Yahia (Chronique frontalière, 1991).

Qui plus est les grandioses réalisations architecturales romaines, restent encore visibles sur de nombreux sites comme amphithéâtre d'el-Djem, mausolée libyco-punique de Dougga, forum de Sbeïtla-Sufetula). Et l'art de la mosaïque, importé de Grèce et d'Orient, atteint son épanouissement aux époques romaine et byzantine. La Tunisie conserve plusieurs monuments des premiers siècles de l'islam tels que le mosquée Sidi Oqba de Kairouan, les mosquées de Gafsa et de Sousse, ribat de Monastir). Elle dispose également d'une riche architecture locale: les bâtiments en terre de la région du Djérid (Tozeur et Nefta) ainsi que les habitations troglodytiques de Matmata et de la région du Dahar sont particulièrement originaux.

L'art contemporain puise dans un fonds traditionnel de techniques anciennes qu'illustrent remarquablement les musées et les monuments: tapisserie, calligraphie, orfèvrerie, poterie, céramique. La peinture est particulièrement riche; dans ce domaine, Yahia Turki apparaît comme un pionnier. L'artisanat se distingue par la diversité et la qualité de ses productions.

Tous les deux ans, Tunis accueille le festival international des «Journées cinématographiques de Carthage» créé en 1966. Depuis le premier long métrage d'Omar Khlifi, l'Aube (1967), le cinéma tunisien a abordé des genres très divers. Plusieurs ?uvres, telles les Ambassadeurs (1973) de Naceur Ktari, qui dénonce la condition des ouvriers émigrés en Europe, ou l'Ombre de la terre (1982) de Taïeb Louhichi, ont eu une distribution internationale. Aziza d'Abdellatif Ben Ammar livre une étude féministe des mutations de la société. Mahmoud Ben Mahmoud se penche sur l'affrontement de l'Orient et de l'Occident dans Traversées. Aly Mansour réalise une comédie, Deux Larrons en folie, record de recettes. Nacer Khemir renoue avec la tradition orale dans les Baliseurs du désert et le Collier perdu de la colombe (1991). L'Homme de cendres de Bouzid Nouri élargit la réflexion sur la société arabe. La réalisatrice Moufida Tlatli brise le silence entourant la vie des femmes (les Silences du palais, 1994).

Classique ou populaire, profane ou religieuse, la musique est partie intégrante de l'univers tunisien. Le malouf, version hispano-arabe de la musique musulmane d'Orient, est fort prisé.

En consacrant une grande part de son budget à l'éducation (20,3 % en 1990) et en menant une politique de scolarisation très poussée, la Tunisie a sérieusement combattu l'analphabétisme et s'est dotée d'un système éducatif assez performant. Auparavant inspiré du modèle français, celui-ci a été progressivement adapté aux réalités du pays: recours à un personnel national, arabisation des différents cycles

L'expérience tunisienne est également positive dans le domaine de la santé. Chaque grande ville est aujourd'hui équipée de plusieurs hôpitaux et cliniques; seules les petites communes disposent encore d'un «centre de santé de base». Grâce à cette infrastructure et aux efforts consentis dans le domaine de la prévention, les épidémies sont totalement écartées; de même, la mortalité infantile, de l'ordre de 200 ‰ en 1956, est descendue en dessous des 50 ‰. Toutefois, ce chiffre traduit le chemin qu'il reste à parcourir dans ce domaine.

La Tunisie est un pays islamique se réclamant du sunnisme et du malékisme. Attesté à l'époque médiévale, le kharidjisme ne concerne plus aujourd'hui que l'île de Djerba, où cette doctrine semble se perpétuer à travers une architecture originale. Les juifs, auparavant nombreux, ont presque tous émigré en France. Les chrétiens, partis au lendemain de l'indépendance, disposent encore de quelques paroisses, surtout à Tunis et dans ses environs.




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