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Mise à jour 14:03(GMT+8), 26/04/2002
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L'Ambassadeur de France sur le bicentenaire de Victor Hugo


L'Ambassadeur de France sur le bicentenaire de Victor Hugo
A l'occasion de la cérémonie commémorative du bicentenaire de la naissance de Victor Hugo (1802-1885) qui s'est tenue le 20 avril 2002 à l'Université de Langues étrangères de Beijing (ULEB), monsieur Pierre Morel, ambassadeur de France en Chine a pris la parole aussitôt après le discours d'ouverture de Mme Chen Naifang, présidente de l'ULEB. Nous sommes heureux de vous reproduire la quasi-allocution de M. Morel :

Madame la Présidente (Chen Naifang)

Messieurs les Présidents ( dont Chen Haosu)

Mesdames, Messieurs les Directeurs,

Mesdames et Messieurs les Professeurs,

Mesdames et Messieurs,

Chers étudiants

Chers amis,

C'est avec un plaisir renouvelé que je participe ce matin parmi vous à cette manifestation commémorative du bicentenaire de la naissance de Victor Hugo.

Je voudrais tout d'abord, vous remercier, tout particulièrement, Madame la Présidente, ainsi que le comité organisateur, Monsieur Shen Dali, et Madame Tang Xingyin, pour l'éclat que vous donnez à ces manifestations, dans votre belle université où je suis heureux de revenir chaque fois.

Voici trois ans, nous avons célébré le bicentenaire de la naissance de Balzac, autre très grande figure de la littérature française, et dont l'?uvre monumentale est à l'égal de celle de Victor Hugo. Tous deux appartiennent au patrimoine littéraire de l'humanité. Tous deux sont devenus universels. Comme l'a souligné Hubert Juin dans la biographie qu'il a consacrée à Victor Hugo, je cite : « Victor Hugo et Honoré de Balzac sont les deux figures à la fois opposées et complémentaires qui, unies, réunies, permettent de concevoir l'incertitude de ce siècle fabuleux : le XIXème » ; « Les uns, comme Hugo, vont rêver un monde. Les autres comme Balzac, vont démonter le monde qu'ils ont sous les yeux. C'est le double regard du siècle » (Hubert Juin, Victor Hugo, vol. 1, p. 247 et 263).

Victor Hugo est né à Besançon, une ville de garnison dans l'est de la France, le 25 février 1802. Nous célébrons donc depuis quelques semaines le bicentenaire de sa naissance. Ces célébrations vont revêtir tout au long de cette année, aussi bien en France qu'à l'étranger, une importance exceptionnelle, liée à stature immense de l'écrivain poète que nous célébrons aujourd'hui. En France, les plus hautes autorités de l'Etat se sont associées à ces célébrations. Le Premier Ministre français, M. Lionel Jospin s'est rendu dans la ville natale de Victor Hugo, le 25 février dernier, en compagnie de la Ministre de la culture, Mme Catherine Tasca. Je crois savoir que le professeur Shen Dali, ici présent, était du voyage qui a été l'occasion de rappeler les valeurs d'universalité et l'humanité au c?ur de l'?uvre de Victor Hugo.

Résumer ici en quelques mots une ?uvre aussi vaste relève de la gageure. Je laisse à deux éminents spécialistes et connaisseurs de l'?uvre de Victor Hugo, ici présents, M. Pierre-Jean Dufief, professeur à l'Université de Brest, et M. Franck Laurent, professeur à l'Université du Mans, le soin de vous présenter, d'abord ce matin, et surtout cet après-midi, certains aspects de la vie et de l'?uvre de Victor Hugo.

Qui peut prétendre, en effet, embrasser de manière définitive la vie d'un homme qui fut tour à tour légitimiste et catholique, bonapartiste, orléaniste, mystique, avant d'être républicain, mais tout en restant fidèle à l'idée qu'il avait de la nation française.

Inhumé au lendemain de son décès au Panthéon, le 1er juin 1885 ; accompagné par des centaines de milliers de parisiens, il avait connu l'exil et la solitude. Sa probité et son courage firent qu'il n'a pas craint d'avoir raison seul contre tous. Son engagement en faveur de la paix, des nations opprimées, des « droits de l'homme », mais aussi de la liberté de la presse ; son opposition à l'esclavage, mais aussi à la peine de mort (« Les derniers jours d'un condamné »), à l'injustice sous toutes ses formes (« Les Misérables »), l'horreur que lui inspirent les massacres et les pogroms, bref de ce qu'il est convenu aujourd'hui d'appeler les « crimes contre l'humanité », continuent de donner à l'?uvre hugolienne sa pleine résonance et sa radicale modernité. Son appel en faveur des « Etats-Unis d'Europe » donne une vision quasi prophétique pour un continent marqué au plus profond par deux « guerres mondiales », les dernières aimerait-on pouvoir ajouter. Victor Hugo fut en effet, grâce à sa notoriété, le poète en exil, la conscience morale de l'Europe et du monde.

Son ?uvre, par son volume même, donne une idée de son ambition et de sa diversité. L'édition aujourd'hui la plus aisément disponible en français, dans la collection « Bouquins » comprend 15 épais volumes au total qui n'incluent pas la correspondance.

Permettez-moi d'énumérer leur contenu : 3 volumes de romans, 4 volumes de poésies, 2 volumes de théâtre, 6 autres volumes sont consacrés respectivement à la Politique, à la Critique, à l'Histoire, aux Voyages, aux livres en Chantiers, à l'Océan !

Cette ?uvre s'inscrit dans une vie d'engagement. A l'homme de lettres, au romantique, au poète, au romancier, au peintre, s'ajoute chez Hugo une dimension politique, Hugo a été Pair de France, mais il a connu l'exil, à la suite du coup d'Etat du 18 Brumaire de Napoléon III, le Prince-Président, le 2 décembre 1851 : en Belgique d'abord (1851-1852, où il rédige son pamphlet contre Napoléon III (Napoléon-le-Petit), puis Jersey (1853-1855) ; enfin Guernesey, où il séjourna quinze années (1855-1870) et où il écrivit tour à tour Les Travailleurs de la mer (1866) et L'Homme qui rit (1869).



En 1869, il refusa l'amnistie qui lui avait été accordée, pour ne rentrer finalement à Paris que le 5 septembre 1870, au lendemain de la bataille de Sedan. Vingt années d'exil, au cours desquelles Victor Hugo écrira notamment la fameuse lettre au capitaine Butler (25 novembre 1861) condamnant la destruction du Palais d'été par les armées franco-anglaises en 1860. Lettre dont je n'ai pas besoin de rappeler le contenu ici, car tout le monde la connaît en Chine, et qui fait sans doute de Victor Hugo l'écrivain français le plus cher aux yeux du peuple chinois.

Cette conscience universelle, éloignée de tout compromis et de tout intérêt particulier, au nom d'une justice supérieure, évoque, pour moi, les figures des lettrés chinois qui se sont mis à distance du pouvoir régnant lors des changements dynastiques. On pourrait citer Qu Yuan, le premier grand poète chinois, même si le sort de Hugo fut heureusement moins tragique. Je pense surtout à des éminents lettrés, comme Wang Fuzhi et Gu Yanwu, deux très grands noms de la transition Ming Qing, restés fidèles au pouvoir renversé, et dont l'?uvre porte la trace de cette rupture. Victor Hugo est un peu, durant son exil, comme les reclus de la tradition chinoise », mais aussi - son ?uvre picturale en témoigne - comme ces « fous de peinture qui partaient dans les montagnes en attendant des jours meilleurs », pour échapper à un pouvoir jugé illégitime. Hugo « en désaccord avec l'empereur se retire, choisit l'exil et reconstruit le sens de son ?uvre en choisissant de nouveaux registres ». C'est avant tout l'homme libre que je retiendrais ici : libre de penser contre le courant dominant, libre de créer, contre les critères en vigueur, libre de ne pas se justifier sur les choix esthétiques qu'il décide de privilégier. Je cite :

« (...) la critique n'a pas de raison à demander, le poète pas de compte à rendre. L'art n'a que faire des lisières, des menottes, des bâillons : il vous dit : Va ! et vous lâche dans ce grand jardin de poésie, où il n'y a pas de fruit défendu. L'espace et le temps sont au poète. Que le poète donc aille où il veut en faisant ce qui lui plaît : c'est la loi » Fin de citation (Les Orientales, préface de 1853, éd. Bouquins, Poésie 1, p. 411)

Dans sa création même, Hugo se raille des règles trop restrictives, il fustige Boileau, qui, en France, a codifié dans un cadre formel l'art poétique, et réhabilite Shakespeare, génie affranchi des règles, et qu'il place à l'égal de Dante, Michel Ange, Rabelais, Cervantes, Rembrandt, Beethoven. Cette reconnaissance de Shakespeare peut nous sembler aujourd'hui banale, elle allait alors à l'encontre du goût français tel que l'avait notamment défini Voltaire. Avec Victor Hugo, la littérature change d'échelle, elle se mesure, en quelque sorte, à la « démesure ». C'est d'ailleurs ce génie en quelque sorte hyperbolique, c'est-à-dire, porté à son comble, qui suscite aussi les a priori, voire les réserves à l'encontre de Victor Hugo. Car, ne l'oublions pas, si l'on met à part l'unanimisme, par définition momentané, de ce bicentenaire, où toute critique de Hugo semble pour un temps abolie, il existe en France, comme le rappelle Léon-Paul Fargue, dans la préface qu'il consacre aux « Contemplations », une sorte de « snobisme », assez généralisé, consistant à mépriser et à railler l'?uvre Hugolienne. Léon-Paul Fargue, poète lui aussi, écrit ceci, je cite :

« (...) Hugo n'a pas été un génie ordinaire, un génie normal, un génie conforme et rassurant, comme peuvent l'être Pascal ou Tolstoï, et il faudra des années encore (...) avant que la postérité ne consente à lui pardonner et à le classer dans son Olympe. D'ici-là, on sera toujours obligé de prendre les gens par l'oreille (...), et de leur dire, (....) : « Mais si, Hugo, c'est très bien, Hugo c'est excellent, vous ne l'avez pas lu. » (... ) » (Léon-Paul Fargue, « Un poète d'avenir », Les contemplations, p. 8). Fin de citation.

Ceci reste encore vrai aujourd'hui. « Victor Hugo, hélas ! », disait de lui André Gide. On ne lui pardonne pas son sens de la grandeur, assimilée à de la grandiloquence, ni son ouverture qui le pousse vers toutes les formes de création : roman, poésie, peinture. Or l'universalisme au c?ur de l'?uvre de Victor Hugo, lui fait porter son regard vers tous les horizons. La Chine est considérée par lui comme un autre pôle, avec la Grèce, du « Goût suprême ». Je cite Victor Hugo : « De là deux poésies immenses. (...) A l'une des extrémités de ce goût, il y a la Grèce, à l'autre la Chine. » Fin de citation (Proses philosophiques de 1860-1865. « Le Coût », éd. Bouquins, Critiques, p. 573). Dans sa Préface de 1853 à son recueil de poèmes, « Les Orientales », Hugo explique ce tropisme qui le pousse vers l'Orient. Je cite :

« (...) on s'occupe beaucoup plus de l'Orient qu'on ne l'a jamais fait. Les études orientales n'ont jamais été poussées si avant. Au siècle de Louis XIV on était helléniste, maintenant on est orientaliste. Il y a un pas de fait. Jamais tant d'intelligences n'ont fouillé à la fois ce grand abîme de l'Asie. Nous avons aujourd'hui un savant cantonné dans chacun des idiomes de l'Orient, depuis la Chine jusqu'à l'Egypte.

Il résulte de tout cela que l'Orient, soit comme image, soit comme pensée, est devenu pour les intelligences autant que pour les imaginations une sorte de préoccupation générale à laquelle l'auteur de ce livre a obéi peut-être à son insu. Les couleurs orientales sont venues comme d'elles-mêmes empreindre toutes ses pensées, toutes ses rêveries ; et ses rêveries et ses pensées se sont trouvées tour à tour, et presque sans l'avoir voulu, hébraïques, turques, grecques, persanes, arabes, espagnoles même (...) » (Les Orientales, préface de 1853, éd. Bouquins, Poésie 1, p. 413)

Une multitude d'ouvrages paraissent en France cette année à l'occasion de ce bicentenaire. Parmi ceux-ci, je voudrais particulièrement mentionner un livre collectif, publié l'an dernier sous la direction de M. Franck Laurent, ici présent, et intitulé « Victor Hugo et l'Orient », paru chez Maisonneuve et Larose. Il s'agit d'une collection de dix ouvrages, accompagnés d'un disque. Dans le volume qui porte le titre « Victor Hugo en Extrême-Orient », le professeur Shen Dali a écrit un texte intitulé « Victor Hugo lu par les Chinois », dans lequel nous apprenons que la première traduction (partielle) en chinois des Misérables, due à Su Manshu (1884-1918) remonte à 1903, soit près de un siècle. Liang Qichao grand réformateur de la fin de l'Empire des Qing, a vu, nous dit le professeur Shen Dali, dans « Les Misérables » un livre d'une « énorme signification ». D'autres en France ont lu cet ouvrage comme une sorte de « nouveau Nouveau Testament ».

Le samedi 5 janvier, l'Institut de littérature étrangère de l'Académie des Sciences sociales de Chine a organisé à une journée Victor Hugo, à l'initiative du professeur Liu Mingjiu, auteur d'un livre d'études sur Victor, en présence de nombreux chercheurs et personnalités, dont l'écrivain M. Wang Meng. Le lendemain, une table ronde s'est tenue à l'Université de Pékin, organisée par le professeur Luo Peng et Madame Meng Hua. La journée d'aujourd'hui nous donne l'occasion d'élargir le champ des célébrations. La semaine prochaine se tiendra à Canton une importante manifestation à l'Université Sun Yat-sen, organisée par le professeur Cheng Zenghou, à laquelle est associée notre Consulat Général à Canton.

Je voudrais avant de terminer remercier une nouvelle fois, les spécialistes et les traducteurs et les éditeurs chinois, grâce au travail desquels l'?uvre de Victor Hugo est aujourd'hui accessible dans sa totalité en langue chinoise. Certains titres de Victor Hugo connaissent plusieurs traductions en chinois : une dizaine de traductions pour « Les Misérables », cinq au moins pour « Notre-Dame de Paris », trois au moins pour « Les Derniers jours d'un condamné ». Tout récemment les éditions du Peuple ont publié une édition des « Oeuvres de Victor Hugo » en 12 volumes, incluant un volume entier pour les encres et des dessins ; presque au même moment, les éditions éducatives du Hebei ont fait paraître une édition des « Oeuvres complètes de Victor Hugo » en quinze volumes. Tout ceci montre à quel point l'?uvre de Hugo reste présente pour nous et pour le public en Chine.

Je vous remercie.












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A l'occasion de la cérémonie commémorative du bicentenaire de la naissance de Victor Hugo (1802-1885) qui s'est tenue le 20 avril 2002 à l'Université de Langues étrangères de Beijing (ULEB), monsieur Pierre Morel, ambassadeur de France en Chine a pris la parole aussitôt après le discours d'ouverture de Mme Chen Naifang, présidente de l'ULEB. Nous sommes heureux de vous reproduire la quasi-allocution de M. Morel :

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