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Mise à jour 16:53(GMT+8), 18/10/2002
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Chronique : Victor Hugo et le Palais Yuanmingyuan

----Victor Hugo dénonça le pillage du Palais Yuanmingyuan

----L'agression de l'alliance anglo-française contre la Chine

----Le Parc des ruines du Palais Yuanmingyuan

Le 17 octobre 1860, au milieu de la seconde Guerre d'opium, les troupes d'alliance anglo-françaises qui avaient envahi Beijing et occupé l'arrondissement Haidian au nord-ouest 11 jours avant, commencèrent à piller puis à détruire par le feu le somptueux Palais Yuanmingyuan sous l'ordre de lord Earl of Elgin and Kincardine (James Bruce 1811-1863), commandant en chef des troupes anglaises en Chine. Au moins pendant trois jours consécutifs, les soldats anglais et français mirent à sac tous les trésors de ce palais impérial, joyau de la combinaison de l'architecture au style chinois et européen, quintessence des arts orientaux et occidentaux. Un an plus tard, répondant au capitaine Butler qui fit l'éloge de cette opération, Victor Hugo, écrivain et poète de génie français en exil, dénonçait de façon pénétrante les actes de gangstérisme des troupes anglo-françaises contre la Chine. Vraiment extraordinaire, il fut le premier Français, citoyen du monde épris de justice qui éprouva un tel sentiment prévoyant et fraternel envers le peuple chinois et sa civilisation lointaine. Victor Hugo, le grand précurseur de l'amitié franco-chinoise.

(I) VOICI LA LETTRE INTEGRALE DE VICTOR HUGO

AU CAPITAINE BUTLER

Hauteville-House, 25 novembre 1861

Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l'expédition de Chine. Vous trouvez cette expédition honorable et belle, et vous êtes assez bon pour attacher quelque prix à mon sentiment ; selon vous,

L'expédition de Chine, faite sous le double pavillon de la reine Victoria et de l'empereur Napoléon, est une gloire à partager entre la France et l'Angleterre, et vous désirez savoir quelle est la quantité d'approbation que je crois pouvoir donner à cette victoire anglaise et française.

Puisque vous voulez connaître mon avis, le voici :

Il y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille s'appelait le Palais d'Eté. L'art a deux principes, l'Idée, qui produit l'art européen, et la Chimère, qui produit l'art oriental. Le Palais d'Eté était à l'art chimérique ce que le Parthénon est à l'art idéal. Tout ce que peut enfanter l'imagination d'un peuple presque extra-humain était là. Ce n'était pas, comme le Parthénon, une oeuvre rare et unique ; c'était une sorte d'énorme modèle de la chimère, si la chimère peut avoir un modèle. Imaginez on ne sait quelle construction inexprimable, quelque chose comme un édifice lunaire, et vous aurez le Palais d'Eté. Bâtissez un songe avec du marbre, du jade, du bronze, de la porcelaine, charpentez-le en bois de cèdre, couvrez-le de pierreries, drapez-le de soie, faites-le ici sanctuaire, là harem, là citadelle, mettez-y des dieux, mettez-y des monstres, vernissez-le, émaillez-le, dorez-le, fardez-le, faites construire par des architectes qui soient des poètes les milles et un rêves des milles et une nuits, ajoutez des jardins, des bassins, des jaillissements d'eau et d'écume, des cygnes, des ibis, des paons, supposez en un mot une sorte d'éblouissement caverne de la fantaisie humaine ayant une figure de temple et de palais, c'était là ce monument. Il avait fallu pour le créer, le long travail de deux générations. Cet édifice, qui avait l'énormité d'une ville, avait été bâti par les siècles, pour qui ? Pour les peuples. Car, ce que fait le temps appartient à l'homme. Les artistes, les poètes, les philosophes, connaissaient le Palais d'Eté ; Voltaire en parle. On disait : le Parthénon en Grèce, les Pyramides en Egypte, le Colisée à Rome, Notre-Dame à Paris, le Palais d'Eté en Orient. Si on ne le voyait pas, on le rêvait. C'était une sorte d'effrayant chef-d'oeuvre inconnu entrevu au loin dans non ne sais quel crépuscule comme une silhouette de la civilisation d'Asie sur l'horizon de la civilisation d'Europe.

Cette merveille a disparu.

Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d'Eté. L'un a pillé, l'autre l'a incendié. La Victoire peut être une voleuse, à ce qu'il paraît. Une dévastation en grand du Palais d'Eté s'est faite de compte à demi entre les deux vainqueurs. On voit mêlé à tout cela le nom d'Elgin qui a la propriété fatale de rappeler le Parthénon. Ce qu'on avait fait au Parthénon, on l'a fait au Palais d'Eté, plus complètement et mieux de manière à ne rien laisser. Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n'égaleraient pas ce formidable et splendide musée de l'Orient. Il n'y avait pas seulement là des chefs-d'oeuvres d'art, il y avait un entassement d'orfèvreries. Grand exploit bonne aubaine. L'un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l'autre a empli ses coffres et l'on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l'histoire des deux bandits.

Nous Européens, nous sommes les civilisés et pour nous les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie.

Devant l'histoire, l'un des deux bandits s'appellera la France, l'autre s'appellera l'Angleterre. Mais je proteste et je vous remercie de m'en donner l'occasion : les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de ceux qui sont menés ; les gouvernements sont quelquefois des bandits, et les peuples jamais.

L'empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il était aujourd'hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d'Eté ? J'espère qu'un jour viendra où la France délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée.

En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate.

Telle est, monsieur, la quantité d'approbation que je donne à l'expédition de Chine.

Victor Hugo

« Actes et paroles -II 'Pendant l'exil'»

(II) L'AGRESSION D'ALLIANCE ANGLO-FRANCAISE CONTRE LA CHINE

C'était pendant la seconde Guerre d'opium (la première en 1840) .

En octobre 1856, septième année du règne de l'Empereur Xian Feng, le gouvernement britannique de Palmerston (1855-58 ; 1859-65) avait ordonné son armée d'expédition d'attaquer Canton. L'année suivante, il désigna Elgin commandant des troupes anglaises en Chine pour lancer une invasion massive contre l'Empire chinois. A Paris, Napoléon III décréta la participation de la France à cette Guerre en dépêchant le baron Jean-Baptiste Louis Gros pour diriger l'expédition avec celle de l'Angleterre contre la Chine.

Après l'occupation de Canton, ils conduisaient la flotte vers le Nord jusqu'au port Dagu près de Tianjin en vue de forcer le gouvernement de la Dynastie des Qing à faire des concessions. A l'issue de la bataille de Dagu, ils obligèrent le délégué impérial à signer le 26 juin 1858 le Traité de Tianjin. Et le 25 juin de l'année suivante, les bâtiments de guerre anglo-français canonnèrent le port Dagu, mais en soldant une défaite. Ne se résignant pas à cet échec, ils adressèrent le 16 février 1960 un ultimatum aux autorités impériales pour demander de remplir sans conditions des indemnités de guerre dans le Traité de Tianjin et les clauses ajoutées ensuite. Vers fin mars, les troupes alliées partirent de Shanghai sous la conduite d'Elgin et de Gros dans la destination du Nord. Puis, ils occupèrent Tianjin.

Le 24 juillet, l'Empereur Xian Feng décida de diriger en personne la bataille contre les troupes d'agression qui avançaient de Tianjin sur Tongzhou, ville d'avant-poste dans la banlieue est de Beijing. L'Empereur plaçait l'espoir sur les unités impériales sous le commandement de Sengliqin qui avaient néanmoins un moral bas et prirent la fuite devant la lancée des adversaires.

Le 7 août, les troupes d'agression s'emparèrent des positions près du pont Baliqiao à l'ouest de Tongzhou. Ainsi la capitale se trouvait sous le feu des envahisseurs. Ayant appris la chute de Baliqiao, l'Empereur s'enfuit de la Cité interdite dans la Résidence impériale à Rehe (aujourd'hui Chengde), laissant à son frère Yishi le pouvoir de négocier avec les ennemis agresseurs.

Le 5 octobre, les soldats anglais et français contournèrent vers Haidian, arrondissement nord-ouest et déjouèrent les troupes impériales à l'extérieur de la Porte Deshengmen. Le lendemain, ils occupèrent le Palais Yuanmingyuan et le parc impérial où entrèrent les premiers Français. Et le 17 octobre, Elgin leur ordonna d'y piller de leur plein gré tous les trésors et objets rares et précieux pendant trois jours consécutifs tout en cassant des récipients et sculptures en bronze et en bois ou des porcelaines lourdes qu'ils ne pouvaient pas emporter, sans citer livres anciens et vestiges, ce jusqu'à ce qu'ils mirent le feu sur cet immense édifice majestueux ; tout devenait une mer de flammes et de fumée qui embrasaient le ciel et dont nuages de poussière et cendres volants voltigeaient et passaient rapidement par tomber même dans les ruelles de la capitale.

Ainsi, devint en ruines le Palais des palais, joyau de l'architecture au style traditionnel et européen et symbole de la combinaison des arts chinois et mondiaux.

Qui plus est, les bandits agresseurs mirent à sac tout en incendiant également les sites à côté dont les Jardins du Mont Wanshou (Dix mille Longévités), Versant Yuquan (Source en jade) et Collines Xiangshan (Parfumées) ainsi que le bourg Haidian.

(III) LE PARC DES RUINES DU PALAIS YUANMINGYUAN

Le Palais Yuanmingyuan (Clarté et Perfection) dans la banlieue nord-ouest de Beijing que Victor Hugo avait appelé de son temps le Palais d'Eté, était un remarquable joyau de la combinaison de l'Art architectural de l'Orient et de l'Occident.

Sur la base d'un parc impérial des Ming, la construction de ce Palais immense et splendide suivi d'autres avait débuté dès 1700, 48è année du Règne de Kang Xi, puis sous les règnes de Yong Zheng, Qian Long, Jiaqing, Dao Guang, et Xian Feng de la dernière Dynastie des Qing. L'ensemble s'acheva 150 ans plus tard.

Il composait le Palais proprement dit, le Palais Changchunyuan (Printemps perpétuel) et le Palais Qichunyuan (Dix mille printemps). Tous trois se reliant étroitement et faisant un ensemble, occupaient une superficie de 350 hectares avec la périphérie extérieure de 10 km. Palais, pavillons, jardins, cours d'eau et lacs, versants et plantations, formant tout comme le ''Palais des dix mille palais'', le ''Parc des dix mille jardins''.

Car, on y comptait selon des mentions une quarantaine de belles vues ou sites d'agrément bien connues, principalement somptueux palais (Grande Salle « Rectitude de l'esprit et Droiture du coeur », « Salle de l'Harmonie suprême », « Palais de la Vaillance militaire »)et résidences des empereurs dont Qian Long et ses successeurs séjournaient pour la plupart de temps par an, ainsi qu'organes et institutions centres du cabinet impérial, des ministères et des états-majors de l'armée ; pavillons, cours et jardins de divers genres surtout aux couleurs du Sud etc. En tout, on mentionnait quelques six cents d'édifices principaux ayant chacun une tablette portant une inscription. Ce fut le premier parmi les jardins impérial ou royal tant en Chine qu'à l'étranger depuis l'antiquité jusqu'aujourd'hui.

Ce qui était frappant parmi les édifices, figuraient plusieurs ''Pavillons à l'Occidental'' dont les travaux furent commencés en 1745, dixième année du règne de Qian Long. Il y eut la participation au design et aux décorations de nombreux Européens dont Joseph Castiglione (1688-1766) jésuite italien, venu en Chine en 1715, peintre impérial fort apprécié par l'Empereur Qian Long et Michel Benoist (1715-1774) jésuite français venu en Chine en 1744.

Après la destruction de 1860, le Palais Yuanmingyuan fut de nouveau ravagé en 1900 par les troupes d'alliance de huit pays dont l'Angleterre et la France. Il restait complètement en ruines sous la domination des seigneurs de guerre et du régime de Guomindang.

Ce n'est depuis 1949, l'avènement de la Chine nouvelle que cet ancien Palais impérial est l'objet de restaurations et de protection. Il y a eu le reboisement en 1956 ; la désignation en 1959 comme l'emplacement d'un parc par le bureau municipal pour l'urbanisation, unité classée sous la protection par la mairie de Haidian ; puis la création en 1977 le Bureau d'administration du PalaisYuanmingyuan. En l983, la Municipalité de Beijing a décidé d'aménager le Parc des ruines du Palais Yuanmingyuan. On entreprend les travaux de restauration du réseau des cours d'eau et de la mise ordre des pavillons à l'occidentale et des édifices au bord du lac Fuhai etc.

On a réussi à rétablir plus d'une dizaine de sites ruinés et restitué la porte du Palais Wanchunyuan, et le labyrinthe européen du Palais Changchunyuan ; repris la physionomie ancienne pour l'essentiel des collines et cours d'eau dont la mer Fuhai et le lac et îlots formé les paysages ayant pour fond : pins et cyprès, bambou, peupliers, saules pleureurs et lotus etc. La superficie a atteint 200 hectares de plus.

Le 5 août 2000, le maire de Beijing a approuvé le « Programme sur le Parc des ruines Yuanmingyuan » qui comprend six grands sites tels que le Palais Changchunyuan, le jardin Wanchunyuan, la partie de l'Ouest, le nord-est des trois jardins et les vues du sud-ouest, ainsi que six zones spécifiques comme : (I) Zone du recueillement ; (2) zone des expositions historiques et culturelles ; (3) zone des visites des ruines ; (4) zone de recréations et distractions ; (5) zone des services et zone d'administration. Ainsi quelques 600 foyers de 27 villages et 14 unités ont déménagé du Parc.

Le grand parc des ruines Yuanmingyuan s'étend sur près de 460 hectares avec la construction des murs de clôture pour les trois anciens palais.

Bref, on réaménage un immense parc des ruines au lieu de restaurer les palais majestueux. On maintient l'aspect des ruines, témoignage d'une époque de honte pour que les générations en gardent un souvenir inoubliable.

Pour le moment, l'entrée au Parc est payante : 10 yuans par personne dont la moitié pour les élèves des écoles.

----Quotidien du Peuple en ligne, le 17 octobre 2002---




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