Notre Site  Aide  Plan du Site  Archives 
  CHINE
  ECONOMIE
  HORIZON
  MONDE
  SCI-EDU
  SPORTS
  VIE SOCIALE
  ARTICLES
  PHOTOS

  COURRIER
  VOIX DE
      LECTEURS

  APERÇU
  REGIONS
     ADMINISTRATIVES

  ETHNIES
  INSTITUTIONS
  PORTRAITS
  BEIJING
  TIBET
  NOTRE SITE
  PLAN DU SITE
  AIDE
  EMPLOI
Mise à jour 15:31(GMT+8), 28/11/2003
SCI-EDU  

Yang Jiang et sa famille


Yang Jiang et sa famille
Deux individus, chacun ayant un esprit de fer mais le coeur sensible, se rencontrèrent, se marièrent et donnèrent naissance à une fille. La famille a passé ensemble 60 années, souffrant à maintes reprises de la guerre, de la tourmente politique et de la maladie. Pourtant, ses membres furent toujours là les uns pour les autres durant toute cette période.

Finalement, la mort a ravi deux d'entre eux, laissant un seul survivant dans l'hiver de sa vie.

Les vies de ces trois personnes sont aujourd'hui reproduites sous la plume du seul survivant de cette famille dans une autobiographie intitulée Nous Trois (Women Sa). Ce livre, édité le 25 juin dernier par la Librairie Sanlian, se vend comme des petits pains. Sa première édition, tirée à 30 000 exemplaires, a été épuisée en 12 jours. Puis l'ouvrage a été réimprimé neuf fois.

Le succès de la vente est dû à la réputation de son auteur Yang Jiang, 92 ans, une célèbre femme écrivain chinoise doublée d'un expert et une traductrice en matière de littérature étrangère.

Son mari, Qian Zhongshu (1910-98), l'un des plus grands érudits chinois du 20eme siècle, passait pour la sommité de plusieurs disciplines : l'Histoire de Chine ancienne, la philosophie et la littérature chinoises, ainsi que la littérature et la culture comparées. Il connaissait comme sa poche tous les ouvrages classiques chinois et avait un grand bagage de connaissances quant aux classiques grecs, latins, anglais, allemands, français, espagnols et italiens. La forteresse assiégée (Weicheng), son seul roman, publié en 1947, a passionné plusieurs jeunes générations par son humour, sa profonde sagesse et sa vision originale de la nature humaine.

Les lecteurs sont captivés aussi par le nouveau mémoire de Yang Jiang, son style narratif, intime et sincère, étant assez différent de celui de ses oeuvres précédentes, et parce que le récit les emmène au sein de ce foyer modeste, réputé auparavant pour son érudition si admirable.

Leur fille unique, Qian Yuan (1937-97), professeur d'anglais à l'Université normale de Pékin, était également chargée de l'évaluation de l'enseignement de l'anglais dans les instituts universitaires de formation des maîtres, auprès de la Commission nationale de l'éducation.

Mais la vie n'a pas toujours été tranquille pour cette famille. En dehors de leur passion pour le travail, ses membres ont été confrontés à la confusion et au chaos.

Les lecteurs retrouvent le jeune couple en train de faire leurs courses dans l'épicerie d'un petit magasin situé au coin de la rue près de leur habitat temporaire à proximité de l'université d'Oxford en Angleterre.

Ils partagent non seulement leur joie d'avoir un nouveau membre de famille, Ah Yuan, le diminutif de sa fille Qian Yuan (Yuan signifie 'rond', car son visage était dodu), mais aussi les inquiétudes angoissantes dont ils étaient saisis durant les années de guerre, les tourmentes politiques, les séparations et réunions.

Les hauts et les bas que ces trois protagonistes ont connus dans leur vie permettent aux lecteurs de connaître dans les plus petits détails un autre aspect de leur vie différent de leurs prouesses académiques.

Un grain en germe

L'histoire de Qian Yuan constitue la partie la plus touchante du mémoire. En fait, c'est la fille de la famille qui a été la première à suggérer l'écriture d'un livre ayant pour thème leur propre famille. Elle en a écrit cinq chapitres seulement sans achever le travail en intégralité.

Six ans après le décès de sa fille et cinq ans après la disparition de son mari, Yang Jiang a décidé de continuer ce que sa fille avait commencé.

Bien que Yang soit extrêmement réservée à propos des succès de son mari et d'elle-même en ce qui concerne la littérature et l'étude académique, elle ne cache pas dans son livre la haute estime qu'elle porte pour sa fille.

La première phrase en anglais de la vie d'Ah Yuan a été « Baby yes eat » en réponse au « Baby no eat » de son père.

Dans un langage vivant, Yang décrit sa fille comme possédant le même caractère excentrique et la même ingéniosité que Qian Zhongshu.

« Ah Yuan a été le chef-d'oeuvre de ma vie ! », clame Yang fièrement. Son père estimait qu'elle était « une matière propice à une formation de haut niveau », tandis que son grand-père pensait qu'elle était « née pour les activités intellectuelles ».

Bien qu'étant en mauvais état de santé, Ah Yuan fut forcée de porter des seaux de fumier au lycée où elle étudiait. Elle dut faire du travail manuel sous la conduite des paysans et des ouvriers alors qu'elle était à l'université, et fut envoyée faire du travail politique dans une usine après avoir été diplômée.

Malgré sa mauvaise santé, elle continua de travailler dur et excella dans sa carrière en devenant un professeur d'anglais éminent à l'université.

Yang regrette seulement qu'Ah Yuan n'ait pas eu la chance de finir complètement les objectifs qu'elle s'était fixés de son vivant.

« Eprouvée durement de nombreuses fois, elle fut tout au long de sa vie comme une graine n'ayant donné que de petites pousses. Etant ses parents, nos coeurs ne peuvent s'apaiser, » se lamente Yang.

Les deux faces d'une même pièce

Malgré sa réussite universitaire, le public n'a connu Qian Zhongshu qu'en 1990, lorsque son unique roman fut adapté pour une série télévisée à succès diffusée dans tout le pays.

Son esprit d'à-propos, son goût pour les ironies de la vie, et son érudition prodigieuse impressionnent pratiquement tous les lecteurs et spectateurs de La forteresse assiégée.

Mais le lecteur peut avoir un aperçu d'autres aspects intéressants de sa personnalité à travers les yeux aimants de sa femme.

Il est représenté comme étant particulièrement maladroit pour une chose: la gestion des problèmes quotidiens. Quand Yang l'a épousé en 1935, elle découvrit qu'il ne pouvait pas distinguer son pied droit de son pied gauche et tenait les baguettes avec son poing comme un bébé.

Yang a aussi ajouté quelques petits détails concernant leurs carrières professionnelles.

D'après Yang, la plus grande partie du chef-d'oeuvre de Qian, le recueil du tuyau et du poinçon (Guanzhui Pian), a été écrit au milieu des années 1970, au plus fort de la « Révolution culturelle » (1966-76). La version anglaise du livre, traduit par Qian lui-même, porte le titre Vues limitées : Essais sur des idées et des lettres. Elle a été éditée par la presse universitaire de Harvard en 1998.

Au milieu des années 70, le couple a été « expulsé » de son ancienne résidence quand le livre a été écrit. Pendant plus de trois ans, ils ont logé d'abord dans le dortoir universitaire d'Ah Yuan, puis dans un bureau de l'institut dont ils faisaient partie.

Pendant cette période, Qian, atteinte de sérieuses crises d'asthme, ne fut plus capable de marcher ou d'utiliser un stylo durant un certain temps.

D'après Yang, le recueil du tuyau et du poinçon a été écrit en ancien chinois abstrus afin d'éviter de provoquer de possibles répercussions politiques au cours de la « Révolution culturelle ».

A cette époque, les fanatiques pouvaient faire irruption à n'importe quel moment dans la maison de célébrités comme Qian et Yang et emporter de force tout ce qu'il estimaient comme étant « nuisible » à la « cause politique ».

C'est également pendant cette période, que Yang a fini la traduction en huit volumes de Don Quichotte de Miguel de Cervantes.

« Nous n'avons jamais cessé de lire et de travailler quelle que soit la difficulté de la situation. Car notre seul et unique plaisir était le travail », écrit-elle.

Réel ou surréaliste

Yang commence les deux premiers chapitres de Nous Trois par un rêve récurrent qu'elle avait l'habitude de faire où elle se trouvait abandonnée seule par son mari en plein coeur d'une étendue sauvage hostile.

La frontière entre la réalité et la fiction est confuse car en fait Qian fut hospitalisée pendant quatre ans avant sa mort.

Dans son rêve, Qian, faible et émacié, est hospitalisé sur un bateau, sous les soins d'inconnus. La maison où elle et Qian vivaient n'est plus une maison mais une auberge où elle séjourne de manière temporaire. Elle se retrouve au milieu d'un environnement rempli d'appareils et de règles incompréhensibles.

Son seul réconfort est sa fille Ah Yuan, ingénieuse et immensément attentionnée, qui passe la plus grande partie de sa jeune vie à remplir les devoirs et obligations que lui demandent les autres.

Un jour, comme la flamme d'une bougie, la vie de Ah Yuan s'éteint.

Au cours des jours, alors qu'elle fait le trajet entre le bateau, l'auberge et l'hôpital de banlieue où Ah Yuan est gardée, Yang a l'illusion de cheminer toute seule sur une ancienne route. La route est longue de manière exaspérante mais elle espère que celle-ci ne finira jamais.




Sous Cette Rubrique
 

Deux individus, chacun ayant un esprit de fer mais le coeur sensible, se rencontrèrent, se marièrent et donnèrent naissance à une fille. La famille a passé ensemble 60 années, souffrant à maintes reprises de la guerre, de la tourmente politique et de la maladie. Pourtant, ses membres furent toujours là les uns pour les autres durant toute cette période.

Recherche avancée


 


Copyright © 2000-2003   Le Quotidien du Peuple en ligne  Tous droits réservés.