La Fête de la Lanterne, la Fête Yuanxiao en chinois, tombe le quinzième
jour du premier mois de l'an lunaire. Elle ferme les festivités de la Fête du
Printemps, qui durait jadis une vingtaine de jours, y compris les préparatifs antérieurs.
Le Yuanxiao passé, tout revenait à la normale. Le mot "yuan"
signifie "premier", et "xiao", "nuit". L'expression veut
dire que la pleine lune fait sa première apparition après le Nouvel An. Le
disque de la lune symbolise la réunion familiale.
Sur l'origine de cette fête, la version est diverse. L'explication digne de foi est
que la fête a rapport à la religion. Elle découle de la culte de
l'immortel Taiyi, le dieu chargé du destin de l'humanité. Ayant 15 dragons
à sa disposition, il a le pouvoir d'infliger à l'humanité des
chatiments tels que la sécheresse, la tempête, la famine et la peste. Les empérueurs
chinois, à commencer par Qinshihuang, le premier à avoir unifié la
Chine, ont tenu chaque année des cérémonies solennelles pour prier
Taiyi qu'il donnait un bon climat et une bonne santé à eux et à leur
peuple. Ce sacrifice a pris une grande ampleur sous la dynastie des Han, grace aux soins
particuliers de l'empereur Wudi, qui l'a classée en 104 av. J.C. parmi les plus
importants événements de l'empire.
Une autre version relie la fête au taoisme. Le dieu de la richesse Tianguan du
taoisme est né le quinzième du premier mois du calendrier lunaire. Il avait
une passion particulière pour le spectacle. Ce jour-là, ses adeptes
organisent de diverses représentations, en le priant qu'il leur donne la chance de
s'enrichir.
La troisième version met l'accent sur la lanterne. Sous le règne de l'empéreur
Mingdi de la dynastie des Han de l'Est, soit au premier siècle, le bouddhisme a
envahi la Chine. Son influence était alors faible en Chine. Un jour, l'empéreur
a rêvé d'un homme d'or debout sous la vo?te du palais impérial. Ce
visiteur inattendu s'est hissé soudain au ciel et a disparu dans la direction de
l'ouest, lorsque l'empéreur lui a demandé qui il était. Le lendemain,
il a depêché un érudit en pélerinage en Inde, à la
recherche du soutra bouddhique. Au terme de son voyage de plusieurs milliers de km, le pélerin
est rentré avec le livre saint. L'empéreur a fait construire un temple
destiné à abriter le sutra et une grande statue de Bouddha. Les fidèles
étaient convaincus que le tout-puissant bouddha pouvait dissiper les ténébres.
Sous l'ordre de l'empéreur, ses sujets ont organisé une gigantesque
exposition de lanternes. D'ou vient la Fête de la Lanterne.
Cette coutume continue aujourd'hui. Pourtant, la lanterne n'est plus ce qu'elle était
jadis. Elle est multicolore et multiforme.
Sous la dynastie des Sui, au 6ème siècle, l'empéreur Yangdi a invité
les envoyés diplomatiques à assister à l'exposition de lanternes et
aux festivités de gala. Un siècle après, sous la dynastie des Tang,
la manifestation s'est prolongée et durait trois jours. Le couvre-feu levé,
la population a célébré la fête nuit et jour. Beaucoup de poèmes
d'époque décrivaient la liesse de la population.
Sous la dynastie des Song (du 10ème au 13ème siecle), l'exposition a duré
5 jours et les festivités se sont étendues à de nombreuses grandes
agglomérations. La lanterne s'est enrichie quant à la forme et au contenu :
elle était faite d'émails colorés ou de jades précieux, et ornée
de motifs de personnage de conté populaire.
Les plus grandes illuminations de l'histoire chinoise ont eu lieu dans la première
moitié du 15ème siècle, sous la dynastie des Ming. L'empéreur
Chengzu a fait établir en plein coeur de Pekin un grand centre d'expositions de
lanternes, devenu aujourd'hui une rue animée, connue sous la denomination de
Dengshikou (Entrée du Marche aux Lanternes). Le centre était le jour un
marché aux lanternes, et à la tombée de la nuit, une attraction pour
les habitants de la ville, sous les lumières de mille et mille lanternes bariolées.
De nos jours, ce genre d'exposition se tient toujours à travers le pays, le 15
janvier du calendrier lunaire. La ville de Chengdu, province du Sichuan ( ouest de la
Chine), par exemple, organise chaque année en cette occasion une gigantesque foire
de lanternes au Parc de la Culture, qui baigne dans une mer de lumières. Le lampion
le plus impressionnant constitue d'un dragon doré tournant en spirale autour d'une
colonne haute de 27 mètres et crachant des feux d'artificie de la gueule.
En plus des divertissements et des lanternes, les Chinois ont l'habitude de prendre un
aliment appelé Yuanxiao (portant le même nom de la fête), une boulette
de riz glutineux farcie. Cette coutume, qui remonte à la dynastie des Jin de l'Est
au 14e siècle, s'est popularisée sous les Tang et les Song, trois cent ans
après. La boulette a une double farce, sucrée ou salée. La première
contient un simple ou plusieurs ingrédients : sucre, noix, sésame,
osmanthus, pétales de rose, orangeat, pate d'haricot et pate de jujube. La farce
salée est composée de viande hachée, de légumes ou d'un mélange
des deux.
La facture de Yuanxiao diffère selon les régions. Dans les provinces méridionales,
on façonne à la main une boulette de farine de riz et la farcit ensuite,
avant de l'arrondir finalement. Pour les nordistes, ils pressurent la farce d'abord avant
de la couper en petits morceaux. Puis, ils les mouillent et les mettent dans un grand
panier chargé de farines de riz sèches, qu'ils oscillent de haut en bas, de
droite à gauche. Ils mouillent de nouveau les petites farces enrobées d'une
couche de farine et les remettent dans le panier oscillant, et ainsi de suite. Les farces
font boule de neige jusqu'à plusieurs couches de farine.
La coutume de consommer Yuanxiao se conserve aujourd'hui. Mais cette denrée est
plus raffinée et plus savoureuse que jamais. |