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Dans une nuit de
juin de 1968, des soldats du génie de l'armée chinoise, en mission de creusement
d'un tunnel près de Mantcheng, à 150 km au sud-ouest de Beijing, trouvèrent
une caverne de 5 mètres de profond conduisant à une énorme galerie souterraine
presque tout droite.
Vigilant, le chef de section assembla d'urgence ses hommes. Des soldats
y entrèrent ensuite, lampe de poche dans une main et fusil dans l'autre.
Avançant à tâtons dans l'obscurité de la galerie froide et sèche, ils rencontrèrent
au milieu du chemin des tuiles cassées, des carcasses de cheval et des
débris de chariots.
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Linceuils
de Jade
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20 mètres parcourus, ils arrivèrent à une bifurcation. Devant eux, c'était
une autre galerie remplie de récipients de poterie, peints en couleurs
fraîches et jolies. Ils se tournèrent à gauche, marchèrent quelques mètres,
traversèrent un large puits et entrèrent dans une salle où se rangeaient,
au milieu des gravats, divers objets dont bronzes, poteries, figurines
de terre cuite ou de pierre et pièces de harnachement.
Excavée dans les rochers, la salle-caverne haute de 7 mètres pouvait contenir
au moins 300 personnes.
Les découvreurs ont fait immédiatement un compte-rendu au Conseil des Affaires
d'Etat (gouvernement central) tout en arrêtant leurs travaux pour protéger
la sépulture. Quelque temps après, une équipe archéologique de l'Académie chinoise
des Sciences y arriva, et les fouilles commencèrent sur-le-champ.
Les inscriptions sur des objets qui y étaient déterrés montrent qu'il s'agit
du tombeau d'un prince des Han, Liu Sheng, frère aîné du célèbre empereur Han
Wudi (157-87 av.J.C.). Sous le règne de ce dernier, la dynastie des Han
était à l'apogée de sa puissance militaire et de sa prospérité économique. L'agriculture,
l'astronomie, la littérature, la musique et l'artisanat connaissaient alors
l'essor. Les soieries de Chine furent exportées à l'époque vers l'Europe,
via l'Asie centrale, tandis que des chevaux de Ferghana, la luzerne, le
raisin et la noix furent introduits en Chine.
A l'autre bout de la galerie se tassaient des centaines d'ustensiles de
poterie, grandes ou petites, d'une beauté fraîche, servant à contenir de
l'aliment et du vin. Ceci corrobore la confirmation des experts. « Liu
Sheng aimait à boire et à manger la viande », écrivait dans son ouvrage Shi
Ji ( Mémoires historiques) le grand historien d'époque Si Maqian.
Les archéologues estimaient que dans la galerie et la caverne il existait
avant une structure en bois et à toiture en tuiles, dont ils ne voyaient
que la ruine.
Mais où était le cercueil ? Une porte de pierre, au beau milieu du mur de
granit, en face de l'entrée de la caverne, fournissait une trace. Alors,
on entra par un interstice au-dessus de la porte et ouvrit la porte de
l'intérieur.
C'était une petite structure de plaques de pierre dont une partie du toit
était écroulée, probablement à cause du tremblement de terre. Le plancher
était couvert de plaques et de cendres de plantes qui avaient été mises évidemment
sur le toit pour le protéger contre l'humidité. Beaucoup d'objets funéraires
précieux furent trouvés au cours de l'arrangement minutieux des décombres.
Le cercueil de Liu Sheng était déposé sur un lit de marbre. Son bois avait
pourri, laissant voir seulement les fibres du bois décomposés et des pelures
de laque. Lorsqu'on les déplaça, un linceul de jade conçu d'or s'offrit aux
regards. C'est pour la première fois qu'on a découvert en Chine un habit
de jade complet.
Le costume est composé de 2 690 plaques rectangulaires ou carrées de jade,
reliées l'une à l'autre par des fils d'or (leur poids total pesant 1 100
grammes) à travers les petits trous aux coins de chaque pièce.
Le jade fut travaillé avec une telle délicatesse que la finesse de chaque
pièce est de 0,3 mm. Certains trous faits au foret à la forme de tube ne
sont que 1 mm de diamètre, et des fils d'or, fabriqués par le tressage de
12 filaments, sont pliables et résistants.
Le corps du prince était enseveli dans cet habit formé de 12 parties démontables.
Le défunt avait dans les mains des croissants de jade et sous la tête, un
oreiller de bronze avec incrustation de jade, dont les deux bouts étaient
décorés chacun d'une tête d'animal dorée.
Selon les archives, l'habit de jade, également connu sous le nom de « cotte
de jade », était exclusivement réservé aux empereurs et aux nobles de haut
rang des Han. Dans la dynastie féodale, les habits étaient conçus d'or, d'argent
ou de bronze en fonction du rang du défunt. Bien réservé dans chaque détail
et restauré entièrement dans sa forme originale, l'habit est exposé au Musée
du Palais impérial de Beijing, offrant un exemple frappant de la technique
superbe des lapidaires et des orfèvres dans l'ancienne Chine.
A 100 km au nord du tombeau de Liu Sheng, fut découvert celui de son épouse,
Dou Wan. Sa structure et son contenu sont à peu près les mêmes que ceux de
son mari. L'habit de jade de la princesse est fabriqué avec 2 160 pièces,
liées par 700 grammes de fil d'or. La réduction des fils d'or a été causée
par l'emploi de fils de soie dans la liaison des pièces de jade sur la
poitrine et au dos.
Dans les deux sépultures furent exhumés plus de 2 800 objets funéraires.
Ces objets fabriqués il y a plus de deux mille ans permettent de bien connaître
le développement de la métallurgie, du textile et de l'artisanat de l'époque
en Chine. (par Luo Qifan)
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