|
« L'or ne donnerait
pas de dessins si complexes ni si merveilleux, aucun joyau ne brillerait
de couleurs si variées ni si éclatantes », s'extasie un maître de l'art devant
un cloisonné de Beijing d'une grande finesse.
L'art artisanal remonte au déluge en Chine. Dans les archives chinoises,
on appelait les cloisonnés « ouvrages incrustés Ta Che ». Ta Che était le nom
chinois de l'Arabie durant le Moyen Age. Introduite dans l'Empire du Milieu
au 13e siècle, cette technique devint, après une longue période de développement,
un art typiquement chinois.
L'artisan donne d'abord une forme désirée à une plaque de cuivre rouge pour
former le fond. On pose alors dessus, avec une pincette, des fils ou des
bandes de cuivre : c'est le « cloisonnage » qui constitue les traits du
dessin.
Les bandes de cuivre sont d'une épaisseur et d'une largeur différentes selon
l'article à cloisonner. On peut donc avoir une idée de la patience et de
l'habileté requises si on pense que, parfois, une centaine de bandes de
cuivre sont nécessaires au dessin sur un pouce carré (2,54 cm).
Les fils et bandes adhèrent au fond grâce à une colle à base de racines de
plante. Après aspersion, on verse au tamis un mélange de poudres d'argent,
de cuivre et de borax sur l'ouvrage avant de soumettre celui-ci à un petit
feu.
Une pâte d'émail de couleurs diverses est sertie entre les cloisons au moyen
d'un outil pareil à une plume. Plusieurs cuissons sont nécessaires, tous
les colorants n'ayant pas le même point de fusion, et on doit appliquer
plusieurs couches de colorants pour obtenir l'effet désiré.
L'ouvrage est ensuite poli avec une pierre meulière et du charbon de bois.
Le polissage amène l'arasement de l'émail et des cloisons. On plonge après
l'article dans une solution d'or où passe un courant électrique. On obtient
ainsi un ouvrage où l'éclat du métal ne cède en rien à celui de l'émail.
Le pliage des bandes de métal exige beaucoup de dextérité. Un artisan expérimenté peut,
avec une simple paire de brucelles, former de mémoire de magnifiques dessins,
fort complexes.
Cet art fut florissant à l'époque de King Tai (1450-56) de la dynastie des
Ming et sous le règne de Kien Long (1736-95) des Tsing. Mais il déclina
dès le début du 20ème siècle, comme presque tous les autres arts chinois.
Il a fallu attendre la naissance de la Chine nouvelle pour que la situation
change. Aujourd'hui la Fabrique des cloisonnés de Beijing occupe quelque
deux mille artisans. Ses produits sont variés, à côté des articles traditionnels
: vases, coffrets, bols et plateaux.
Plus de 40 colorants sont disponibles aujourd'hui au lieu d'une dizaine
seulement au lendemain de la Libération (1949). La technique d'application
de différents colorants pour produire une gradation nuancée des tons s'est
perfectionnée. Les motifs sont tous tracés par des dessinateurs chevronnés.
(par Luo Qifan)
|