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Pain de Sucre : le parcours d'un ananas béninois vers la Chine
Allada, petite ville située au nord de Cotonou, demeure le berceau de la production d'ananas au Bénin. Dans un atelier local, des ouvriers s'activent autour de piles d'ananas fraîchement récoltés, procédant avec minutie à leur tri, leur lavage, leur emballage et leur mise en caisses.
Ces fruits ne sont pas quelconques. Il s'agit du "Pain de Sucre", une variété emblématique du pays, réputée pour sa chair particulièrement sucrée, peu acide et délicatement parfumée.
Le 18 mars, Allada a accueilli une cérémonie marquant le lancement des exportations de ce fruit d'exception. Cette fois-ci, les ananas entreprennent un long voyage à destination d'un marché lointain et prometteur : la Chine.
"Chaque ananas ayant traversé les mers témoigne des efforts conjoints des gouvernements et des entreprises des deux pays, rapprochant davantage les peuples béninois et chinois", a déclaré l'ambassadeur de Chine au Bénin, Zhang Wei, présent lors de l'événement.
Autrefois écoulé pour la plupart sur les marchés locaux ou vers certains marchés internationaux, dont l'Union européenne, le "Pain de Sucre" franchit aujourd'hui une étape décisive avec son entrée à grande échelle sur le vaste marché chinois.
Cette percée est le fruit d'un processus engagé depuis plusieurs années. Elle s'inscrit notamment dans la continuité de la signature, en septembre 2023, d'un protocole fixant les exigences phytosanitaires pour l'exportation d'ananas frais. L'année suivante, le "Pain de Sucre" a été présenté à l'Exposition internationale d'importation de la Chine (CIIE), où il s'est imposé comme un produit phare.
LES ANANAS ONT LE VENT EN POUPE
Deuxième culture industrielle du Bénin après le coton, l'ananas constitue un véritable moteur de développement pour les producteurs et les PME locales. Avec une production annuelle estimée à 450.000 tonnes, il contribue à environ 1,2% du produit intérieur brut (PIB) national.
En 2020, l'ananas béninois a obtenu l'Indication géographique protégée (IGP) délivrée par l'Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI), devenant ainsi le premier produit du pays à bénéficier de ce label d'excellence.
Malgré sa qualité et son abondance, cette production a longtemps peiné à s'imposer à l'international. Des contraintes logistiques et des coûts élevés limitant les exportations obligeaient les producteurs à écouler la majorité de leur production sur les marchés locaux ou régionaux, avec des pertes parfois importantes.
La donne a changé avec la mise en œuvre, en décembre 2024, d'une politique chinoise accordant un traitement tarifaire nul à la totalité des produits en provenance des pays les moins avancés, dont 33 pays africains.
"Autrefois, sur le marché local, nous avions du mal à écouler toute notre production. Une partie des invendus était perdue, entraînant un manque à gagner considérable. Aujourd'hui, grâce à l'accès aux marchés internationaux (...) surtout en Chine, nous parvenons à vendre facilement toute notre production", a confié à Xinhua, Tchégbénangnon Lanmandoclévo, un cultivateur d'ananas à Sékou, dans la commune d'Allada.
Porté par cette dynamique, cet agriculteur de 55 ans a étendu ses plantations, passant de moins d'un hectare à près de trois hectares, et emploie désormais environ 80 ouvriers par hectare pour répondre à la demande croissante. Comme lui, de nombreux producteurs locaux cherchent à profiter des nouvelles opportunités offertes par l'ouverture du marché chinois.
Bertille Marcos Guèdègbé, directrice générale de l'entreprise "Les Fruits Tillou", indique que le marché chinois, réputé pour sa taille et son pouvoir d'achat, suscite de fortes attentes. "Nous sommes encore en phase d'apprentissage et il est difficile d'estimer précisément les revenus que cela va générer, mais l'exportation apporte une valeur ajoutée significative à notre produit".
Pour rappel, son entreprise a signé en 2024 un contrat d'exportation de dix millions de dollars lors de la CIIE.
"L'ouverture du marché chinois constitue une opportunité majeure pour la croissance économique du secteur", a souligné quant à lui Medjé Yétondé Noël, représentant de la Fédération nationale des coopératives de producteurs d'ananas du Bénin.
Il met en avant les efforts déployés pour garantir la qualité et la traçabilité des produits, depuis l'identification des parcelles jusqu'aux contrôles finaux avant exportation, en passant par le tri, l'emballage et les analyses en laboratoire.
Dans les centres de conditionnement, ces exigences sont strictement appliquées. "Le fruit destiné à l'exportation doit répondre à des critères rigoureux", a expliqué Mme Guèdègbé. Pour elle, l'ananas doit notamment présenter une apparence impeccable, une chair sans altération et un taux d'au moins 15 degrés Brix, une échelle qui sert à mesurer la teneur en sucre.
De nouvelles pratiques, telles que la fumigation, ont été introduites pour répondre aux normes phytosanitaires, tandis que des infrastructures modernes, telles que des installations frigorifiques, sont progressivement mises en place afin de préserver la qualité des fruits, a-t-elle ajouté.
UNE FRANCHISE DOUANIERE ELARGIE A 53 PAYS AFRICAINS
En février dernier, le président chinois Xi Jinping a annoncé, dans sa lettre de félicitations adressée au 39e sommet de l'Union africaine, que la Chine appliquerait, à compter du 1er mai, une politique de zéro droit de douane à l'égard de 53 pays africains. Cette extension constitue un véritable accélérateur pour l'accès des produits africains au marché chinois.
Les ananas béninois en bénéficient pleinement. Selon les statistiques du PACOFIDE, une initiative du gouvernement béninois visant à promouvoir le secteur agroalimentaire du pays, environ 200.000 tonnes d'ananas frais sont disponibles pour l'exportation vers la Chine.
Pour Gaston Dossouhoui, ministre béninois de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche, cette initiative ouvre des perspectives majeures pour moderniser le secteur agricole, favoriser la création d'emplois et améliorer les conditions de vie des populations.
"C'est une promesse de développement et une preuve de la solidité de la coopération sino-béninoise, qui va, dans les années à venir, stimuler la production locale et valoriser le travail des producteurs", a affirmé le ministre.
De son côté, l'ambassadeur chinois a mis en avant la portée de cette avancée, soulignant qu'"avec la mise en œuvre de la politique de zéro droit de douane, les produits de qualité du Bénin destinés au marché chinois bénéficient désormais d'opportunités commerciales plus vastes et de conditions d'accès plus favorables".
Du champ d'Allada jusqu'à la table des consommateurs chinois, le parcours d'un ananas illustre ainsi les retombées concrètes des politiques publiques, une vitalité agricole sans cesse renouvelée, mais aussi le changement réel du destin de chaque travailleur individuel.

