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Patrimoine mondial : Sidi Bou Saïd, le "village bleu et blanc" tunisien, entre charme intemporel et défis touristiques

Xinhua 30.07.2026 08h24

Sidi Bou Saïd est un village tunisien perché sur un promontoire surplombant la mer Méditerranée. Le long de ses ruelles pavées, les maisons aux couleurs bleu et blanc, qui lui valent le surnom de "village bleu et blanc", diffusent une sérénité profonde.

"Un voyage en Tunisie est incomplet sans une visite à Sidi Bou Saïd", affirme Ridha Shili, ancien enseignant à l'Université de Tunis et consultant en patrimoine de son pays. L'inscription de ce village emblématique sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, annoncée samedi dernier, l'a rendu à la fois fier et soucieux face au défi que cela représente.

A ses yeux, les couleurs emblématiques de Sidi Bou Saïd, le dixième site tunisien classé au Patrimoine mondial, "le distinguent de la médina animée (de Tunis) et du site archéologique de Carthage", qui sont inscrits sur la liste de l'UNESCO depuis les années 1970.

Le bleu, peint sur les portes, les fenêtres, les balustrades et les volets, évoque la mer et le ciel qui entourent la ville. Le blanc, sur tous les murs, réfléchit la lumière du soleil tout en maintenant la fraîcheur à l'intérieur en été. La combinaison des deux "crée une atmosphère paisible et sereine, transformant chaque coin de rue en une œuvre d'art", assure M. Shili.

Au fil de ses explications tout au long du chemin, on découvre des portes cloutées, des moucharabiehs et des balcons en fer forgé, autant de détails qui révèlent une architecture pleine d'influences variées. Du XVe au XVIIe siècle, de nombreux Européens, surtout des Andalous, ont traversé la Méditerranée pour s'installer en Tunisie, apportant avec eux leur savoir-faire et leur sens esthétique. C'est ainsi que s'est créé dans la région un métissage unique entre les traditions arabes et occidentales.

Séduits par le charme de Sidi Bou Saïd, beaucoup ont fini par s'y installer. Aux XIXe et XXe siècles, des écrivains et artistes européens tels que Chateaubriand, Flaubert ou encore Foucault ont choisi de séjourner dans ce village. En 1915, sous l'impulsion du baron Rodolphe d'Erlanger, un décret fut promulgué pour assurer la protection du village, limitant les modifications d'aspect des maisons et interdisant toute construction anarchique sur le promontoire. Depuis, les couleurs bleu et blanc de Sidi Bou Saïd sont restées inchangées.

Au bout du promontoire, la baie de Tunis, ouverte sur la Méditerranée, se dévoile aux yeux émerveillés. Vers le sud, la côte sinueuse dessine la cité antique de Carthage se jetant dans la mer, tandis qu'un paquebot de croisière fend paisiblement les flots bleus vers le port de La Goulette.

"Ce qui est le plus merveilleux, c'est ce moment où, parvenu au sommet, on embrasse du regard une vue à la fois magnifique et majestueuse : la mer Méditerranée, une chaîne de montagnes au loin et, au centre du tableau, la ville de Tunis avec sa superbe côte", confie Aymen Mezyen, un guide algérien, qui laisse les membres de son groupe explorer librement les alentours.

Selon les estimations de M. Shili, Sidi Bou Saïd attire environ 4,5 millions de touristes étrangers chaque année, une preuve de son charme intemporel qui contribue à l'attractivité de la Tunisie. Ce pays d'environ 12 millions d'habitants a réussi à accueillir plus de 11 millions de touristes étrangers en 2025, selon les chiffres officiels.

Pour le consultant en patrimoine, qui a été, du 2017 au 2023, coordinateur du comité scientifique pour l'inscription de la Table de Jugurtha (le centre historique de la Numidie) sur la Liste du patrimoine mondial, l'inscription de Sidi Bou Saïd représente un nouveau départ. Il voit dans l'amélioration des infrastructures et la gestion du tourisme un véritable défi à venir.

Un artisan du village, qui préfère rester anonyme, en fait écho : "Il faut avant tout assurer la maintenance des installations, notamment l'électricité et l'eau, ensuite promouvoir des investissements privés dans des domaines d'activité liés au développement économique, culturel, touristique et social du village".

M. Shili propose la création d'un comité de pilotage pour la gestion touristique de Sidi Bou Saïd, afin d'associer tous les acteurs à la mise en œuvre d'actions concrètes ciblant les problèmes existants, plutôt que de dépendre uniquement des mesures prises par le village en tant qu'unité municipale.

"Grâce à l'inscription (sur la Liste du patrimoine mondial), on pourra voir davantage de touristes découvrir le charme d'ici. Nous devons donc agir au plus vite", exhorte-t-il.

(Web editor: Qianqian Wu, Yishuang Liu)