- Plus
Sauver des vies pour la vie : les médecins chinois laissent leur marque en Afrique
Sur l'île isolée de Pemba, en Tanzanie, Seif Amour Rajab avait 16 ans lorsqu'il est tombé d'un manguier et s'est fracturé la mâchoire. Pendant trois ans, il pouvait à peine ouvrir la bouche, l'hôpital ne pouvait pas faire grand-chose. Au bout d'une opération de quatre heures réalisée par des médecins chinois, Seif a enfin pu parler à nouveau avec aisance. « Merci, docteurs ! » a-t-il déclaré.
Les chirurgiens appartiennent à une mission qui en est maintenant à sa septième décennie. Depuis sa première équipe médicale à l'étranger en 1963, en Algérie, la Chine a envoyé environ 30 000 agents de santé, traitant environ 290 millions de patients, dont la plupart en Afrique.
Dans le cadre du Plan d'action de Beijing du Forum sur la coopération sino-africaine (2025-2027), la Chine prévoit d'envoyer 2 000 agents en Afrique, de construire des centres médicaux et de médecine traditionnelle conjoints, et de soutenir les programmes de contrôle et de prévention des maladies.
SACRIFICE D'UNE VIE…
En janvier dernier, cinq enfants âgés de trois à sept ans ont subi une opération chirurgicale cardiaque congénitale à l'Institut cardiaque Jakaya Kikwete, construit par les Chinois, à Dar es Salaam, en Tanzanie.
En juin de la même année, l'équipe à l'origine de ces opérations a perdu son chef, l'anesthésiste Zhang Junqiao décédé alors qu'il avait réussi à sauver une femme en train de se noyer au large. Zhang n'est jamais revenu sur le rivage.
En six décennies de programme, plus de 50 membres des équipes médicales chinoises à l'étranger sont, comme Zhang, morts loin de leur patrie.
Il y a un demi-siècle, Mei Gengnian, qui dirigeait la première équipe médicale chinoise en Éthiopie, est mort dans un accident de la route. Le fils de Mei a ensuite rejoint lui-même les équipes en Éthiopie.

(Xinhua)
POUR DES SAVOIR-FAIRE TRANSMIS
Depuis 1963, les équipes médicales chinoises ont formé plus de 100 000 agents de santé locaux.
Un soir de novembre dernier, à l'hôpital Abdulla Mzee sur l'île de Pemba, le médecin local Harun Maisara Mahkum, a pu retirer une pièce de monnaie avalée, plus de 48 heures plus tôt, par un petit garçon de deux ans, guidé par He Zhilong, un oto-rhino-laryngologiste de la 35e équipe médicale chinoise. Mahkum, aujourd'hui âgé de 30 ans, travaille aux côtés des équipes chinoises depuis huit ans. « Aujourd'hui, je peux agir immédiatement en cas d'urgence. C'est valorisant, et cela change la façon dont nous servons notre communauté. » a-t-il déclaré.
À Dar es Salaam, une session de formation sur la technologie pour les opérations cardiaques a réuni une cinquantaine de cardiologues tanzaniens, dans un pays où environ un nouveau-né sur 100 est atteint d'une malformation cardiaque congénitale.
Cet enseignement s'étend désormais à tout le continent. Le 27 juillet, le partenariat Chine-Afrique sur la médecine mini-invasive a été lancé à Addis-Abeba, où des centres éthiopiens de formation à la chirurgie robotique et aux techniques laparoscopiques ont été inaugurés.
ET DES CŒURS RAPPROCHÉS
Au fil de décennies de travail côte à côte, la confiance s'est développée entre les équipes médicales et les communautés.
À Afanoya, un village situé à l'extérieur de Yaoundé (Cameroun), Marceline Mbo et ses deux enfants faisaient la queue depuis six heures du matin devant cette clinique chinoise pour son mal de dents et son problème oculaire, ainsi que pour le paludisme de ses enfants. Au lever du soleil, la file d'attente derrière elle s'était allongée.
C'était l'une des près de 200 cliniques gratuites organisées par les équipes médicales chinoises au Cameroun depuis 1975. En 50 ans, 24 équipes y ont traité plus de 3,3 millions de patients. Pour certains, ces soins ont signifié une vie retrouvée. Comme pour Liliane Mfoumou, 72 ans, qui souffrait de douleurs dorsales depuis des années jusqu'à ce qu'un acupuncteur chinois la traite lors d'une visite dans son village.
À Dakar, au Sénégal, les membres de la 21e équipe médicale chinoise ont passé un jour de congé dans un orphelinat. 84 enfants âgés de 2 à 14 ans ont défilé devant les spécialistes, et chacun est reparti avec son propre dossier de santé. « Cela nous aide à savoir si les enfants ont des problèmes de santé dont nous n'aurions peut-être pas eu connaissance », a déclaré Fatou Ba, membre du personnel de l'orphelinat.
Aujourd'hui, les hôpitaux chinois et africains ont formé des dizaines de partenariats de jumelage et ont construit conjointement plus de 20 centres de spécialités clés, tandis que des campagnes de cliniques gratuites telles que « Voyage lumineux » pour la cataracte ont bénéficié à des centaines de milliers de patients.

