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Le déchaînement des droits de douane de Washington est une intimidation contre-productive
Une fois de plus, l'administration du président américain Donald Trump a montré au monde que ses politiques commerciales sont fondées sur un postulat erroné. Si le mantra "facturez ce qu'ils nous facturent" peut sembler juste, il ignore de manière flagrante les réalités économiques.
En dépit d'une opposition généralisée, M. Trump a signé mercredi un décret sur de prétendus "droits de douane réciproques", imposant des "droits de douane de base minimum" de 10% et des taux plus élevés à certains partenaires commerciaux.
En transformant le commerce en un jeu de tac au tac simpliste, Washington démantèle un système commercial mondial fondé sur l'efficacité, la spécialisation et les avantages mutuels, et nuit à la fois à l'économie américaine et à l'économie mondiale dans son ensemble.
L'idée de droits de douane réciproques est particulièrement erronée. Le principe de l'avantage comparatif permet aux pays de se concentrer sur ce qu'ils font le mieux et de commercer pour le reste. Ignorer ce principe conduit à des inefficacités économiques.
Prenons l'exemple du café. Les Etats-Unis l'importent en franchise de droits parce qu'ils en produisent très peu. Le Brésil, premier exportateur mondial de café, impose un droit de douane de 9% sur les importations. Si les Etats-Unis s'alignaient sur ce tarif, cela ne stimulerait pas la production américaine de café ; cela ne ferait qu'augmenter les prix pour les consommateurs et nuire aux entreprises. La même logique s'applique à d'innombrables autres produits.
Les griefs en matière de droits de douane de l'administration Trump ignorent l'histoire. Plutôt que d'être imposés arbitrairement par des gouvernements étrangers, les droits de douane étrangers étaient le résultat de négociations minutieuses connues sous le nom de cycle de l'Uruguay, qui a façonné les règles commerciales modernes et établi le principe du traitement de la "nation la plus favorisée".
Cela signifie que les pays appliquent les mêmes droits de douane à tous leurs partenaires commerciaux, plutôt que de cibler un pays en particulier. L'affirmation de l'administration Trump selon laquelle ces droits de douane visent injustement les Etats-Unis ne tient tout simplement pas la route.
Lors des négociations du cycle de l'Uruguay, le système commercial mondial a été conçu pour tenir compte des écarts de développement. Les économies émergentes ont été autorisées à appliquer des droits de douane plus élevés pour développer leurs industries, tandis que les économies avancées bénéficieraient de barrières commerciales moins élevées qui favorisent l'efficacité et la concurrence. La destruction de cette structure n'aidera pas les entreprises américaines. Elle ne fera que déstabiliser le commerce mondial en provoquant des conflits commerciaux à l'échelle planétaire.
Ironiquement, les victimes les plus évidentes du protectionnisme de Trump sont probablement les Américains eux-mêmes. Malgré les promesses de relance de l'industrie manufacturière, les mesures protectionnistes ont renforcé les inefficacités et diminué la compétitivité.
Qu'est-ce que la politique commerciale de Trump, centrée sur les droits de douane, a donné jusqu'à présent ? Le déficit commercial des Etats-Unis n'a fait que s'aggraver, grimpant à 1.070 milliards de dollars américains en 2024, contre 870 milliards de dollars en 2018, lorsque la guerre commerciale de Trump a commencé. Des recherches menées par la banque de la Réserve fédérale (FED) de New York ont révélé que les droits de douane ont réduit le bien-être économique des Etats-Unis de 3%, ce qui a nui aux entreprises et aux consommateurs. L'industrie sidérurgique, figure emblématique des droits de douane de M. Trump, a vu ses niveaux d'emploi stagner. Même en 2023, les emplois dans le secteur de l'acier sont restés inférieurs à leur niveau de 2018.
Pire encore, malgré l'imposition par M. Trump de droits de douane de 25% sur les importations d'acier en 2018, la productivité du secteur sidérurgique américain, mesurée par la production horaire, a diminué de 32% en huit ans. Les entreprises américaines consommatrices d'acier, qui emploient 45 fois plus de travailleurs que les producteurs d'acier, paient des prix de l'acier environ 75% plus élevés que leurs concurrents mondiaux, selon un récent rapport du Conseil des Relations internationales.
L'obsession en matière de droits de douane de Washington non seulement ne parvient pas à relancer les industries américaines, mais les fait régresser. Plus inquiétant encore pour les décideurs américains, cette approche risque de mettre les Etats-Unis sur la touche alors que l'économie mondiale progresse sans eux.