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Xinjiang : comment le thé au lait favorise la gouvernance de proximité et l'unité ethnique

le Quotidien du Peuple en ligne 12.08.2026 11h22
Xinjiang : comment le thé au lait favorise la gouvernance de proximité et l'unité ethnique
Des touristes achètent des souvenirs dans le quartier de Liuxing, à Yining, dans la préfecture autonome kazakhe d'Ili de la région autonome ouïgoure du Xinjiang (nord-ouest de la Chine), le 8 septembre 2025. Le quartier de Liuxing doit son nom à ses ruelles disposées en hexagone, où cohabitent des personnes issues de diverses ethnies. (Zhang Haobo/Xinhua)

Dans une communauté de la région autonome ouïgoure du Xinjiang (nord-ouest de la Chine), le thé au lait est bien plus qu'une simple boisson.

Alors qu'une théière de thé au lait bout dans la cour, les habitants se rassemblent, tasse à la main, pour discuter des questions du quotidien : lampadaires défectueux, ruelles nécessitant des réparations ou autres petits différends de voisinage.

Située dans la ville de Yining (préfecture autonome kazakhe d'Ili), la communauté de Kunqi Maili compte plus de 2 100 résidents issus de neuf groupes ethniques, notamment des Ouïgours, des Han, des Hui, des Kazakhs, des Mongols et des Ouzbeks.

Faisant de cette boisson locale populaire un lien social, les « rassemblements autour du thé au lait » remplacent les réunions formelles et austères, offrant un espace détendu où les habitants peuvent s'asseoir et s'exprimer librement.

Lors d'une de ces réunions fin juillet, Batnasun Badma, une habitante qui y participe régulièrement, a fait part de ses inquiétudes concernant la sécurité des enfants pendant les vacances d'été. « Beaucoup d'enfants se baignent dans la rivière voisine pour échapper à la chaleur estivale, ce qui est assez dangereux », a-t-elle expliqué.

La communauté a pris la situation en main. Par la suite, une grande piscine gonflable a été achetée et installée, et des étudiants bénévoles ont été sollicités pour assurer la garde des enfants et proposer du soutien scolaire, garantissant ainsi aux plus jeunes un été sûr et joyeux.

Pour certains, ces rassemblements peuvent aussi stimuler leur activité. Abduxukur Abdukadir, un artisan local, rencontrait une difficulté : ses bottes en cuir faites main étaient d'excellente qualité, mais l'afflux constant de touristes durant la haute saison ne se traduisait pas par des ventes. Lors de la réunion, ses voisins lui ont suggéré de transformer ces bottes en porte-clés souvenirs, tandis que Zulayat Nurat, une artiste locale spécialisée dans la peinture sur calebasse, a proposé son aide.

Zulayat Nurat a également plaidé pour une meilleure promotion de son art traditionnel de la peinture sur calebasse. La communauté a réagi rapidement en promouvant ses œuvres sur les plateformes officielles et en mettant à sa disposition, gratuitement, un atelier de 30 mètres carrés. « La communauté valorise vraiment nos efforts », a-t-elle déclaré. Selon Nijat Parhat, secrétaire du Parti de la communauté, ces rencontres autour d'un thé au lait ont débuté en 2023 et se tiennent depuis chaque mois. « Nous voulions échanger avec les résidents de tous les groupes ethniques, écouter leurs difficultés et leurs préoccupations, et contribuer à résoudre leurs problèmes afin de leur offrir un meilleur cadre de vie », a-t-il expliqué.

Grâce à ces réunions, un parking et un petit terrain de football ont été aménagés après que des plaintes ont été formulées concernant les difficultés de stationnement et le manque d'aires de jeux pour les enfants.

Entre janvier et mai de cette année, 4 260 rencontres ont été organisées à Yining, dans ses 24 bourgs et sous-districts, rassemblant 127 800 participants. Plus de 2 000 suggestions ont été recueillies et près de 1 000 problèmes liés au quotidien ont été résolus.

Cette approche n'est pas propre au Xinjiang. Loin de là, à Wuyishan, une ville-district de la province du Fujian (sud-est de la Chine), l'assemblée populaire locale du bourg de Wufu a aménagé un salon de thé dans une rue historique, invitant les habitants à partager un thé mais surtout à exprimer leurs opinions et leurs préoccupations.

À l'échelle nationale, la Chine promeut « l'expérience de Fengqiao », un modèle de gouvernance sociale au niveau communautaire né dans les années 1960 à Fengqiao, un bourg de la province du Zhejiang (est de la Chine). Selon ce modèle, les différends sociaux sont réglés à la base, entre les habitants eux-mêmes, sans qu'il soit nécessaire de faire appel aux autorités supérieures.

Au Xinjiang plus particulièrement, ce modèle d'autogestion communautaire a été étendu à tous les villages et quartiers de la région. Plus de 85 % des décisions prises par les organisations d'autogestion de proximité découlent de propositions émanant du public, ce qui témoigne de l'efficacité de la démocratie à la base.

« Le fait de s'asseoir et de discuter ensemble permet de rapprocher nos différents groupes ethniques », a conclu Nijat Parhat.

(Web editor: Ying Xie, Yishuang Liu)