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Henan : comment le district de Queshan donne le ton sur le marché mondial du violon

le Quotidien du Peuple en ligne 01.10.2026 14h03

Lorsque Gao Yanding a décidé de fabriquer son propre violon, il a commencé avec un morceau de bois inhabituel : de l'épicéa ayant vieilli naturellement pendant trois décennies.

Ce scientifique sino-américain, qui a consacré plus de vingt ans à la recherche en génie biomédical aux États-Unis, cherchait à répondre à une question qui le passionnait depuis des années en tant que violoniste amateur : pourquoi deux instruments fabriqués à partir de morceaux de bois apparemment similaires peuvent-ils produire des sonorités si différentes — et atteindre des prix radicalement opposés ?

Pour trouver la réponse, M. Gao a apporté ce bois de lutherie soigneusement sélectionné dans le district de Queshan, à Zhumadian, dans la province du Henan (centre de la Chine). Là, il a collaboré avec Jiang Baoming, luthier expérimenté, pour fabriquer un violon, appliquant des méthodes scientifiques pour analyser et affiner son acoustique. Grâce à cette collaboration, M. Gao a acquis neuf violons auprès de M. Jiang, chacun voyant sa valeur augmenter considérablement.

Son expérience reflète une transformation bien plus vaste à l'œuvre à Queshan, un district agricole devenu l'un des plus grands centres de fabrication de violons au monde.

Aujourd'hui, le district produit environ 400 000 violons par an, approvisionnant des clients en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Selon les responsables locaux du secteur, Queshan est devenu le principal pôle de production chinois pour les violons faits main de milieu et de haut de gamme, assurant plus de 80 % de la production nationale totale.

Les racines de cette industrie à Queshan remontent aux années 1980, époque à laquelle plusieurs artisans se sont rendus à Beijing pour apprendre la lutherie avant de revenir y établir leurs propres ateliers.

Wang Jinwu était l'un d'entre eux. Aujourd'hui âgé de 54 ans, il fabrique des violons depuis quarante ans.

L'atelier de M. Wang a noué des relations durables avec des acheteurs étrangers, notamment un grossiste américain d'instruments de musique qui collabore avec lui depuis près de vingt ans. Ce partenariat a débuté lorsque l'acheteur a découvert les violons de M. Wang lors d'un salon international, en a acheté un, puis a passé une première commande de dix violons. À mesure que la confiance s'est installée, l'activité s'est développée. Aujourd'hui, ce client achète plus de 2 000 violons par an à M. Wang. « Les clients étrangers apprécient les violons de Queshan car ils sont fabriqués à la main, d'une qualité fiable et proposés à un prix raisonnable », a déclaré M. Wang.

Selon les autorités locales, Queshan compte désormais 144 entreprises liées à la fabrication de violons, employant plus de 2 600 personnes. Ensemble, elles génèrent un chiffre d'affaires annuel supérieur à 600 millions de yuans (89,4 millions de dollars), grâce à une chaîne d'approvisionnement complète couvrant la transformation du bois, la fabrication des composants, le vernissage, l'assemblage et le conditionnement.

La concentration de fournisseurs et de travailleurs qualifiés a permis de réduire les coûts de production tout en offrant aux fabricants la possibilité de développer des processus de production plus spécialisés.

Plutôt que de former chaque apprenti à maîtriser l'intégralité du processus de fabrication d'un violon, les producteurs locaux ont de plus en plus recours à un modèle fondé sur la division du travail.

« Auparavant, il fallait environ trois ans pour former une personne à la fabrication complète d'un violon », a expliqué M. Wang. « Aujourd'hui, les travailleurs peuvent être opérationnels en trois mois environ en se spécialisant dans une seule étape du processus », a-t-il ajouté.

Le prochain défi pour les luthiers de Queshan consiste à étendre leur portée au-delà des canaux d'exportation traditionnels.

Pendant des années, la plupart des instruments étaient vendus à l'étranger par l'intermédiaire de distributeurs. De plus en plus, les fabricants se tournent désormais vers les plateformes de commerce électronique transfrontalier, les vidéos courtes et la diffusion en direct pour entrer directement en contact avec les acheteurs internationaux.

« Les acheteurs professionnels savent depuis longtemps que de nombreux violons de haute qualité fabriqués à la main proviennent de Queshan », a souligné Jiang Baolin, secrétaire général de l'Association des luthiers de Queshan. « La différence aujourd'hui, c'est que les consommateurs étrangers ont un accès plus direct à ces instruments ».

Pour soutenir la croissance du secteur, les acteurs locaux s'attachent également à former les jeunes générations à ce métier.

« Nous espérons que la prochaine génération héritera non seulement des compétences techniques, mais aussi de la dimension artistique de ce métier », a déclaré M. Jiang.

(Web editor: Ying Xie, Yishuang Liu)