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La vision chinoise de la réforme de la gouvernance mondiale : principes, propositions et actions

le Quotidien du Peuple en ligne 08.07.2026 14h08

Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, la fragmentation économique, les crises climatiques, les mutations technologiques et l'affaiblissement de la confiance entre les États, l'urgence d'une réflexion renouvelée sur l'ordre international s'impose avec acuité.

La publication en juin 2026 par la Chine du livre blanc intitulé : Une gouvernance mondiale plus juste et plus équitable : principes, propositions et actions de la Chine s'inscrit dans cette séquence historique.

À travers ce document, Pékin entend présenter sa lecture des déséquilibres contemporains et proposer une voie de réforme fondée sur le multilatéralisme, l'égalité souveraine, le développement partagé et l'action collective.

Le document part d'un constat clair : le monde traverse une période de mutations profondes, rarement observées depuis un siècle. Les conflits armés se multiplient ou se prolongent, les dépenses militaires augmentent, les rivalités commerciales et technologiques s'intensifient tandis que certaines puissances privilégient l'unilatéralisme, le protectionnisme et la logique des blocs. À ces tensions s'ajoutent les retards dans la mise en œuvre de l'Agenda 2030 des Nations unies, la persistance de l'extrême pauvreté, l'élargissement du fossé Nord-Sud et l'apparition de nouveaux risques liés notamment à l'intelligence artificielle, au cyberespace et aux défis sanitaires mondiaux. Pour la Chine, la réponse à ces déséquilibres ne peut résider ni dans l'unilatéralisme, ni dans la politique de puissance encore moins dans la logique des blocs. Au lieu de démanteler l'architecture internationale existante, la Chine plaide, au contraire, pour sa consolidation.

Ainsi, pour elle, le système international doit demeurer fondé sur la Charte des Nations unies tout en devenant plus représentatif, plus efficace et plus attentif aux attentes des pays en développement.

C'est dans ce cadre que s'inscrit l'Initiative pour la gouvernance mondiale proposée par le Président Xi Jinping en 2025. Cette initiative repose sur cinq principes majeurs : l'égalité souveraine, l'état de droit international, le multilatéralisme, une approche centrée sur les peuples et l'action concrète. Ces principes visent à répondre à deux interrogations essentielles : quel type de système de gouvernance mondiale faut-il construire et comment le réformer pour le rendre plus juste, plus inclusif et plus représentatif ?

L'égalité souveraine occupe une place centrale dans cette vision. Pour Pékin, tous les États, grands ou petits, puissants ou vulnérables, développés ou en développement doivent disposer des mêmes droits dans les affaires internationales. Cette exigence rejoint une préoccupation forte du Sud global dont l'influence économique et politique croît mais dont la représentation dans les institutions internationales demeure limitée. La Chine soutient ainsi une réforme des mécanismes mondiaux notamment du Conseil de sécurité des Nations unies, du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale afin de mieux refléter les réalités contemporaines. Il s'agit, selon cette vision, de corriger les injustices historiques et de donner aux pays du Sud une place conforme à leur poids réel dans le monde contemporain.

Le livre blanc met également en avant les contributions concrètes de la Chine à la gouvernance mondiale. Pékin rappelle sa participation aux opérations de maintien de la paix, son soutien au règlement politique des crises, son engagement dans la coopération Sud-Sud ainsi que son rôle dans les cadres multilatéraux tels que les BRICS, l'Organisation de coopération de Shanghai et le G20. Elle présente ces initiatives comme les piliers d'une communauté d'avenir partagé pour l'humanité.

Sur le terrain économique, la Chine défend une mondialisation ouverte, inclusive et mutuellement bénéfique. Elle met en avant son rôle de partenaire commercial majeur pour plus de 160 pays et régions, son soutien au système commercial multilatéral centré sur l'Organisation mondiale du commerce, ainsi que l'approfondissement de la coopération dans le cadre de l'initiative « la Ceinture et la Route ».

Cette vision ne se limite pas aux questions politiques et économiques. Elle couvre aussi les enjeux environnementaux, sanitaires, technologiques et civilisationnels. La Chine affirme vouloir contribuer à la gouvernance climatique mondiale, au développement de l'intelligence artificielle au service du bien commun, à la santé publique mondiale, à la biodiversité et à la régulation des nouveaux espaces notamment le cyberespace, les océans, les pôles et l'espace extra-atmosphérique.

Au fond, ce livre blanc propose une lecture chinoise de la transformation de la gouvernance mondiale fondée sur l'idée qu'une gouvernance plus juste ne peut se bâtir que par la consultation, la contribution commune et le partage des bénéfices. Dans un monde traversé par les rivalités, la Chine entend ainsi se présenter comme une force de stabilité, de réforme et de coopération.

( Par Prof. Boniface Bounoung Fouda, Enseignant, Institut des Relations Internationales du Cameroun, Chef de département d'économie internationale, l'IRIC-Yaoundé/Cameroun )

(Web editor: Qianqian Wu, Yishuang Liu)