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Du « choc » à l'« étau » : pourquoi le récit de la « menace chinoise » ne tient pas la route

le Quotidien du Peuple en ligne 26.08.2026 09h01

Alors que débute la période du 15e Plan quinquennal, l'économie chinoise affiche des résultats impressionnants : au premier semestre, le PIB a progressé de 4,7 % d'une année sur l'autre et le volume total des importations et exportations de marchandises a augmenté de 16,9 %. La « fabrication intelligente » chinoise est devenue un emblème de la modernisation à la chinoise, et les produits chinois liés aux énergies nouvelles occupent une position de leader sur le marché mondial.

Pourtant, plus les réussites de la Chine sont éclatantes, plus certains refusent de les regarder en face. Sur la scène internationale, les étiquettes ne cessent de changer — passant du « China Shock 1.0 » (Choc chinois 1.0) au « China Shock 2.0 », puis à la théorie du « China squeeze » (« Étau chinois ») — mais elles servent toutes le même objectif sous-jacent : présenter les succès du développement chinois comme une anomalie et conférer une apparence de légitimité au protectionnisme intérieur. Récemment, un nombre croissant d'observateurs avisés à l'étranger ont publiquement dénoncé les failles de ces récits fabriqués, et l'idée que le développement de la Chine « renforce » le monde plutôt qu'il ne l'« étouffe » gagne du terrain.

Le « Choc chinois 1.0 » : un récit linéaire marqué par une cécité sélective

Le 18 août, Project Syndicate a publié un article intitulé « Le mythe du Choc chinois » (The Myth of the China Shock), signé par Michael R. Strain, directeur des études de politique économique à l'American Enterprise Institute. L'article souligne que l'erreur fondamentale du récit du « Choc chinois 1.0 » réside dans la simplification des ajustements économiques complexes découlant de la libéralisation des échanges, réduits à une relation linéaire de cause à effet : « les exportations chinoises ont provoqué des pertes d'emplois aux États-Unis ». Les tenants du « Choc chinois 1.0 » affirment que la concurrence des importations chinoises entre 1990 et 2007 a entraîné une perte nette d'environ 1,5 million d'emplois dans le secteur manufacturier américain. Toutefois, ce récit est erroné à au moins deux égards. Premièrement, il souffre d'une cécité sélective. Durant la même période, l'expansion des exportations américaines a créé un nombre d'emplois quasi équivalent, mais seul un volet de l'équation commerciale a été délibérément mis en avant. Deuxièmement, il présente un décalage temporel. La part de l'emploi manufacturier aux États-Unis n'avait cessé de diminuer depuis les années 1950, soit bien avant l'apparition de ce que l'on a appelé le « choc chinois ». La Chine a servi de bouc émissaire pour expliquer l'évolution de la structure industrielle américaine. L'auteur affirme sans détour qu'aucun aspect de ce récit ne tient la route.

Le « Choc chinois 2.0 » : stigmatiser une concurrence normale en la qualifiant de « surcapacités »

Le « Choc chinois 2.0 » déplace l'attention des industries à forte intensité de main-d'œuvre vers les secteurs manufacturiers de pointe — tels que les véhicules électriques, les batteries et l'énergie solaire —, qualifiant la concurrence industrielle normale de « déloyale » et stigmatisant les économies d'échelle comme étant de la « surcapacité ». Jostein Hauge, universitaire de Cambridge, a mis en évidence ce deux poids, deux mesures : lorsque la Chine met en œuvre une politique industrielle, celle-ci est jugée « déloyale », alors que lorsque les États-Unis accordent des subventions industrielles via le Chips and Science Act (doté de 280 milliards de dollars), cela est considéré comme une « pratique courante ».

Le 17 août, le site américain Foreign Affairs a publié un article intitulé « Le coût de l'exclusion de la Chine ». Les auteurs y présentent un constat qui donne à réfléchir : refuser les importations de produits chinois, comme les véhicules électriques, revient à protéger les entreprises américaines à la manière de chats domestiques choyés, dépourvus de l'avantage concurrentiel d'un tigre féroce. L'article souligne que les entreprises chinoises ne sont plus de simples « producteurs efficaces » ou des « imitateurs » ; en termes de connaissances et de capacités de production, elles s'imposent de plus en plus comme des leaders mondiaux dans de nombreux secteurs. Écarter les entreprises chinoises entrave le développement des capacités industrielles nationales aux États-Unis, tenant ainsi les entreprises et les consommateurs américains à l'écart de la frontière technologique. La solution proposée incite également à la réflexion : s'inspirer de la Chine en autorisant prudemment les investissements étrangers tout en obligeant les entreprises nationales à affronter la concurrence. L'article affirme sans ambiguïté que la Chine a fait de même durant des décennies face aux entreprises occidentales. 

La théorie de l'« Étau chinois » : un récit contrefactuel trompeur

La théorie récemment apparue du « China Squeeze » (l'Étau chinois) étend le récit de l'anxiété économique occidentale au Sud global. Avancé par un économiste indien, cet argument soutient que « si la Chine ne s'était pas industrialisée, l'Inde et les nations d'Afrique subsaharienne auraient pu saisir davantage d'opportunités dans le secteur manufacturier peu qualifié ». Toutefois, Adam Tooze, historien de l'université Columbia souligne, dans une publication sur Substack, qu'il s'agit là d'une « spéculation contrefactuelle ». Cette thèse perçoit à tort l'industrialisation comme une échelle de relais, tout en ignorant que la production moderne s'apparente davantage à un réseau interdépendant. « Le développement n'est pas une file d'attente » ; il s'agit moins d'un processus linéaire que d'un projet d'ingénierie. Chaque projet de ce type s'adapte, à des degrés divers, à son environnement spécifique.

Sur Substack, le chercheur Leon Liao a publié un long article intitulé « Le mythe de "l'Étau chinois" », décortiquant les failles logiques de cet argument sous trois angles. Premièrement, l'erreur du raisonnement contrefactuel : l'argument postule que « si les exportations chinoises venaient à diminuer, les pays en développement exporteraient inévitablement davantage ». Or, une chemise qui n'est plus fabriquée en Chine ne voit pas automatiquement sa production transférée vers les nations les plus pauvres ; elle pourrait être produite dans d'autres pôles manufacturiers, fabriquée selon des procédés plus automatisés ou vendue à un niveau de prix totalement différent. Deuxièmement, la confusion entre parts de marché et « effet d'éviction » : l'argument qualifie les parts de marché conquises grâce à la compétitivité d'« appropriation excessive de l'espace de développement mondial », assimilant la domination du marché à l'exclusion d'autrui et la compétitivité à une pratique déloyale. Troisièmement, la conception erronée de l'industrialisation comme une « course de relais » : l'argument soutient que le « modèle du vol d'oies sauvages » est une règle que toutes les nations doivent suivre, impliquant que les pays développés devraient progressivement se retirer des activités manufacturières peu qualifiées. Pourtant, l'Allemagne n'a pas abandonné les industries automobile et chimique, les États-Unis n'ont pas renoncé à l'agriculture et à l'aérospatiale, et ni le Japon ni la Corée du Sud n'ont délaissé la sidérurgie et la construction navale. Il n'existe aucune formule historique dictant précisément quelles industries la Chine « devrait » céder.

L'évolution du « Choc chinois 1.0 » vers le « Choc chinois 2.0 » et, enfin, vers le récit de « l'Étau chinois » suit une logique interne claire : chaque fois que l'industrie chinoise réalise une percée dans un nouveau secteur, une nouvelle accusation est inventée pour présenter la compétitivité de la Chine comme « anormale ». La fonction politique de ce récit demeure constante : fournir une justification interne au protectionnisme tout en s'attirant la sympathie de la communauté internationale. Comme l'a judicieusement fait remarquer Adam Tooze, il ne s'agit pas d'une analyse économique empirique, mais plutôt d'un procédé rhétorique destiné à servir la mobilisation politique.

Les faits indiquent exactement le contraire. La Chine est devenue un « ancrage stabilisateur » pour l'économie mondiale : au premier semestre 2026, les importations chinoises ont atteint 10 740 milliards de yuans, soit une hausse de 22,1 % d'une année sur l'autre. Des mesures telles que l'exonération de droits de douane pour 53 pays africains, la multiplication par dix des échanges Sud-Sud en trois décennies et l'implantation d'usines par des entreprises chinoises en Asie du Sud-Est pour renforcer les chaînes d'approvisionnement locales démontrent toutes que l'essor de la Chine génère de la demande, exporte de la technologie et stimule le développement, plutôt qu'il ne « comprime » l'espace vital d'autrui. Qu'on le qualifie de « choc » ou d'« étau », l'erreur fondamentale de ces arguments réside dans le fait de considérer la compétitivité elle-même comme une faute et d'attribuer sa propre complaisance à l'ardeur au travail des autres. Le développement de la Chine n'a jamais provoqué de « choc » pour le monde ; il offre au contraire un train à grande vitesse que d'autres peuvent emprunter. Le choix entre accepter la concurrence et opter pour le repli sur soi déterminera qui sortira vainqueur à l'avenir.

(Web editor: Qianqian Wu, Yishuang Liu)