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Carnet de voyage Jour 5 : Shenzhen, construire un avenir pour tous

le Quotidien du Peuple en ligne 27.10.2026 14h56

« Ce qui est utile aux hommes est dit habile ; ce qui ne l'est pas est dit maladroit. » — Mozi.

Mozi (墨子) est le fondateur de l'école mohiste (墨家), l'un des grands courants de pensée de la Chine antique. Pour Mozi, une idée, un geste ou une invention doit être jugé à ce qu'il apporte réellement au peuple. C'est avec cette phrase en tête que je commence ce dernier jour à Shenzhen, sans imaginer qu'elle résumerait parfaitement mon séjour.

Eh oui, c'est déjà le dernier jour. J'en ai vu plus que je ne m'y attendais, et pourtant je sais que je n'ai fait qu'effleurer cette ville qui pousse plus vite que le bambou. Alors aujourd'hui, pas de course contre la montre : je vais savourer chaque moment.

Ma première étape me mène dans les locaux de X Square Robot, une jeune entreprise fondée en décembre 2023, à peine plus âgée que certaines des applications de mon téléphone. Ici, on ne parle pas de « robots industriels » au sens ancien du terme, ces bras mécaniques enfermés derrière des grilles pour répéter inlassablement le même geste. On parle de robotique incarnée, une intelligence qui perçoit, comprend et agit dans le monde réel, avec ses aspérités et ses imprévus.

À la fin de l'année 2024, elle a présenté WALL-A, puis WALL-B en avril 2026, présenté comme le premier modèle unifié mondial pour le monde physique, intégrant nativement la vision, le langage et l'action dans un cadre multimodal. Ce modèle est conçu pour comprendre le monde physique et améliorer ses capacités de manière autonome.

Je reste un moment silencieux devant une démonstration de préhension fine. Ce n'est pas de la magie, mais il y a quelque chose de profondément humain dans cette ambition : faire en sorte que la technique ne serve pas seulement à produire plus vite, comme on l'attend dans les usines, mais à alléger des vies. Chez X Square Robot, les machines ne sont pas conçues pour impressionner mais pour entrer dans la vie quotidienne, notamment dans les services à domicile et la prise en charge des personnes âgées. Dans des maisons de retraite, les robots assurent le rangement, le nettoyage, mais aussi la surveillance légère, celle qui rassure sans être envahissant.

Ici, la robotique libère du temps, elle comble des absences, elle rend supportable ce qui est parfois insupportable. Ici, on ne promet pas la solution miracle ; on construit patiemment des outils qui pourraient, un jour, se glisser dans ces interstices de la vie ordinaire.

Vidéo de présentation d'un robot de X Square Robot destiné à l’assistance à domicile (RAKOTONIRINA ZO LALAINA/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Vidéo de présentation d'un robot de X Square Robot destiné à l'assistance à domicile. (RAKOTONIRINA ZO LALAINA/Le Quotidien du Peuple en ligne)

L'après-midi, je change complètement d'univers et je pousse la porte de WeBank, la première banque entièrement numérique de Chine. Pas de guichet, pas de file d'attente, pas de distributeur : tout passe par l'application. WeBank ne cible pas les mêmes clients que les banques traditionnelles. Elle se concentre sur les particuliers à revenus modestes et les micro-entreprises, souvent ignorés par les grands établissements. WeBank est d'ailleurs née avec une mission de finance inclusive : « rendre la finance accessible à tous ». Cela se lit dans les détails de son application mobile bien plus que dans ses slogans. Je découvre qu'il existe une version « sans barrières » pour les personnes malvoyantes, et une version pensée pour les personnes âgées.

On me montre comment fonctionne la reconnaissance faciale pour un utilisateur non-voyant. Là où une application classique demanderait de cligner des yeux ou de lire des chiffres, WeBank utilise les capteurs du téléphone — accéléromètre, vibrations, synthèse vocale — pour guider la personne par le son et le toucher, jusqu'à ce que le visage soit correctement cadré. L'application dispose même d'un « mode écouteurs » : les informations sensibles ne sont lues à voix haute que si des écouteurs sont branchés, pour protéger l'intimité dans un lieu public.

Pour les personnes âgées, la version de l'application mobile ne se contente pas d'agrandir les caractères. Elle simplifie son utilisation, regroupe les fonctions essentielles sur un écran d'accueil lisible, et ajoute des garde-fous concrets : des réglages de sécurité qui permettent de bloquer certains types de virements selon l'heure, le montant ou le destinataire. Ce n'est pas de la condescendance technologique ; c'est une version de la banque dans une langue que des mains moins sûres et des yeux fatigués peuvent encore comprendre.

Je ressens une forme de soulagement, presque de gratitude. On parle souvent du numérique comme d'un fossé entre les générations et entre les capacités. Ici, la technologie ne demande pas à l'utilisateur de s'adapter à elle ; elle s'adapte à lui. Dans un pays où l'on compte près de 300 millions de personnes âgées et des millions de personnes en situation de handicap, ce n'est pas un luxe philanthropique ; c'est une nécessité de civilisation.

Présentation de WeBank par l’un de ses employés, au siège de la banque à Shenzhen, dans la province du Guangdong (sud de la Chine) (RAKOTONIRINA ZO LALAINA/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Présentation de WeBank par l'un de ses employés, au siège de la banque à Shenzhen, dans la province du Guangdong (sud de la Chine). (RAKOTONIRINA ZO LALAINA/Le Quotidien du Peuple en ligne)

La journée se termine déjà et je comprends que ces deux visites ne sont pas des anecdotes séparées. X Square Robot et WeBank dessinent les deux faces d'un même projet : celui d'un futur qui ne laisse pas certains en retrait. D'un côté, des robots qui apprennent à se rendre utiles là où la fatigue humaine devient trop lourde. De l'autre, une banque qui réécrit son application pour que la finance ne soit plus un mur pour ceux dont les doigts tremblent ou dont les yeux se troublent.

En repensant à mon bref séjour, je réalise qu'à Shenzhen j'ai vu une ville, et à travers elle tout un pays, qui investit, qui construit, qui se projette loin mais regarde tout près à la fois. La Chine n'essaie pas de construire un futur parfait, et rien ici ne prétend l'être. Mais c'est un futur qui essaie de faire une place à tous. En refermant ce carnet de voyage, le vieux Mozi me revient en mémoire et je garde cette image : celle d'une ville et d'un pays où la technologie ne se contente pas d'aller vite, mais apprend, pas à pas ; où la technologie ne se contente pas d'innover, mais apprend à servir.

(Par RAKOTONIRINA ZO LALAINA)

(Web editor: Qianqian Wu, Yishuang Liu)