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La diplomatie royale parviendra-t-elle à stabiliser les relations entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis ?

Xinhua 29.04.2026 08h40

Le roi Charles III du Royaume-Uni a entamé lundi une visite d'Etat de quatre jours aux Etats-Unis, sa première depuis son accession au trône. Cette visite survient dans un contexte de tensions croissantes dans les relations bilatérales.

Le souverain devrait rencontrer le président américain Donald Trump à la Maison Blanche et s'adresser au Congrès. La diplomatie royale est cependant confrontée à des défis inhabituels ; beaucoup estiment qu'elle pourrait contribuer à apaiser les tensions, mais qu'il est peu probable qu'elle permette de résoudre les différends de fond.

Cette visite intervient dans un contexte de fossé grandissant entre les deux nations, Donald Trump ayant critiqué à plusieurs reprises la décision du Royaume-Uni de ne pas participer aux frappes américaines contre l'Iran. Israël et les Etats-Unis ont lancé conjointement des frappes contre l'Iran le 28 février. Depuis, l'Iran a renforcé son emprise sur le détroit d'Ormuz, une voie maritime mondiale essentielle pour le transport du pétrole et du gaz, entraînant une forte hausse globale des prix de l'énergie.

Le Premier ministre Keir Starmer a fermement défendu sa position. "Je ne laisserai jamais ce pays être entraîné dans une guerre qui n'est pas dans notre intérêt. Jamais", a-t-il encore déclaré lundi lors d'un congrès syndical.

Le désaccord entre les deux pays au sujet de l'Iran n'est cependant que le signe le plus visible de tensions plus générales. Le Royaume-Uni a refusé de soutenir l'action militaire américaine, et a même refusé que les bases sous son contrôle soient utilisées pour des opérations de bombardement. Des divergences sont également apparues concernant l'OTAN, le commerce et la taxe britannique sur les services numériques, Donald Trump ayant menacé le Royaume-Uni de droits de douane si celle-ci n'était pas supprimée.

En tant que souverain d'une monarchie constitutionnelle, le roi Charles n'a pas le pouvoir de mener des négociations politiques, de résoudre des litiges commerciaux ou de modifier la position du pays en matière de guerre et de paix.

Dafydd Townley, principal attaché d'enseignement en sécurité internationale à l'université de Portsmouth, a cependant souligné que le roi était "sans doute le plus important outil de soft power du Royaume-Uni", et ce en dépit de son absence de pouvoir décisionnel.

M. Starmer a également défendu cette visite, affirmant que les relations bilatérales restaient "très importantes à plusieurs niveaux" et que la monarchie pouvait "voir par-delà les décennies" pour maintenir ces liens.

Des analystes ont néanmoins prévenu que les attentes à Washington pourraient dépasser ce que le monarque est réellement en mesure d'apporter. Ian Scott, professeur de politique et d'histoire américaines à l'université de Manchester, a déclaré que certains membres de l'administration Trump semblaient surestimer l'influence du souverain.

"Certains pensent que le roi peut dicter sa conduite à Starmer. Outre le fait que cela témoigne d'une incompréhension du système constitutionnel britannique, on ne sait pas vraiment quelle politique concrète Trump compte proposer", a-t-il indiqué.

Pour certains observateurs, cette visite revient à "gérer la crise par la cérémonie". Salvador Santino Regilme, maître de conférences en relations internationales à l'université de Leyde, a souligné que la symbolique avait toujours du poids, surtout lorsqu'elle coïncide avec le 250e anniversaire de l'indépendance américaine. "Cette symbolique n'est pas purement décorative, elle remplit une fonction diplomatique", a-t-il déclaré.

Malgré les tensions, le différend entre les deux pays sur l'Iran ne signale pas une rupture stratégique totale. "Les deux administrations partagent les mêmes objectifs au Moyen-Orient ; elles divergent principalement sur la manière de les atteindre", a indiqué M. Townley.

Pourtant, l'accumulation des désaccords fait craindre une phase plus difficile dans les relations bilatérales. M. Scott a qualifié ces relations de "houleuses, troublées et délicates", et a averti que des "divisions structurelles" encore plus profondes pourraient apparaître si la rhétorique actuelle n'était pas modérée.

"Il ne s'agit pas seulement de divergences 'politiques'... Il existe une différence fondamentale de visions" entre les deux pays, a-t-il déclaré, soulignant le contraste entre l'approche unilatérale de Washington et la préférence du Royaume-Uni pour la coordination multilatérale.

"Depuis le début de son second mandat, Donald Trump a refusé de soutenir l'ordre international fondé sur des règles, ce qui a choqué un certain nombre de dirigeants européens", a affirmé M. Townley.

En Europe, cette visite est suivie de près, car elle servira de baromètre des tensions transatlantiques en général. Le quotidien français Libération a averti lundi que le roi devait éviter de donner l'impression de faire un effort humiliant pour apaiser un président américain imprévisible.

Le quotidien suédois Dagens Nyheter a quant à lui déclaré lundi que le Royaume-Uni utilisait la monarchie comme une sorte de "tampon diplomatique". A l'heure où les relations du royaume avec Donald Trump se détériorent, le roi risque d'être un instrument utile mais limité, capable d'apaiser l'atmosphère mais pas de régler les différends politiques.

En coulisses, le Royaume-Uni a passé des mois à préparer cette visite. Citant des responsables proches du dossier, Politico a déclaré que ce voyage reflétait une planification stratégique de haut niveau, avec de nombreuses implications pour l'Ukraine, l'OTAN et les relations en matière de défense.

Au Royaume-Uni, cependant, cette visite a suscité des critiques. Des manifestants se sont rassemblés lundi devant le palais de Buckingham, portant des masques à l'effigie du roi Charles et de Donald Trump et accusant le gouvernement de céder à Washington.

Les Britanniques en ont "ras-le-bol" que le gouvernement britannique fasse des concessions à M. Trump, ont déclaré les protestataires sur les réseaux sociaux.

Donald Trump "a allumé un bâton de dynamite sous l'économie mondiale en bombardant l'Iran et en provoquant une crise énergétique mondiale. Cette visite envoie à Donald Trump le message qu'il peut violer le droit international à tout bout de champ, et qu'il sera quand même honoré par le gouvernement britannique", ont-ils affirmé.

(Web editor: 实习生2, Yishuang Liu)