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Dans un hutong de Beijing, les racines anciennes résistent malgré le renouveau

Photo prise le 10 juillet 2026, montrant une vue du hutong Lanman à Beijing. (Xinhua/Zheng Keyi)
Peu après six heures du matin, Chen Zhongyi, 63 ans, déverrouille la porte en bois d'un pigeonnier situé devant son domicile, dans le hutong Lanman, à Beijing. En quelques secondes, plus de vingt pigeons voyageurs s'élancent dans le ciel, décrivant des cercles au-dessus des toits aux tuiles grises avant de se disperser à travers la ville.
« C'est le moment de la journée où je me sens le plus heureux », a confié M. Chen. Pour cet homme qui a passé toute sa vie dans cette ruelle étroite, les pigeons représentent bien plus qu'un simple passe-temps : ils incarnent un mode de vie qui a longtemps défini l'âme des hutongs historiques de la capitale chinoise.
Forte de plus de 3 000 ans d'histoire documentée, Beijing a constamment dû concilier modernisation et préservation de son passé. Le hutong Lanman, niché au cœur de la ville, offre un exemple éloquent de rénovation urbaine : un projet qui honore la mémoire du quartier tout en laissant place à la nouveauté.
Lorsque d'importants travaux de rénovation ont été lancés dans le hutong en 2018, Chen Zhongyi a craint que son pigeonnier artisanal, installé depuis 2013, ne soit démoli. Mais à son grand soulagement, les concepteurs avaient prévu autre chose. Les oiseaux ont rapidement été transférés dans une nouvelle structure en bois, plus lumineuse, plus robuste et mieux ventilée.
Il n'était pas le seul à observer ces changements. Zheng Enqing, 78 ans, habitant du quartier depuis plus de trente ans, se souvient du chaos qui régnait autrefois dans la ruelle : des voitures s'entassant dans le moindre espace disponible et des piétons peinant à se frayer un chemin. Aujourd'hui, le revêtement irrégulier a laissé place à des briques grises soigneusement posées, et un parking à étages situé à proximité a libéré la voie pour les piétons.
Pourtant, aux yeux de M. Zheng, les améliorations les plus marquantes sont celles qui ont été façonnées par les habitants eux-mêmes.
Lorsqu'une unité de climatisation extérieure a commencé à souffler de l'air chaud sur sa précieuse vigne, il a signalé le problème au comité de quartier.
« Ils m'ont écouté », a-t-il raconté, soulignant que cette réactivité a, pour lui, caractérisé l'ensemble du projet de rénovation. L'unité a été déplacée sur le toit et dissimulée derrière une structure s'intégrant harmonieusement au cadre historique. « Le renouvellement urbain ne doit pas exiger des habitants qu'ils s'adaptent au réaménagement », a de son côté commenté Song Jingyang, responsable à la Commission municipale de gestion urbaine de Beijing, ajoutant que « c'est plutôt le réaménagement qui doit s'adapter aux habitants ».
En 2023, le hutong Lanman a lancé un programme de relocalisation volontaire, laissant aux résidents le choix de rester ou de partir. Les maisons à cour intérieure inoccupées ont ensuite été progressivement ouvertes à des entreprises et à des projets culturels en harmonie avec le caractère historique du quartier.
Début 2026, 641 foyers du quartier historique du temple Fayuan — où se trouve le hutong Lanman — avaient opté pour un relogement, laissant la place à 105 nouvelles entreprises. Depuis, cafés, librairies, restaurants et ateliers culturels se sont installés dans ces cours séculaires.
« C'est l'interaction entre les habitants, les entreprises et la communauté qui maintient un quartier en vie », a souligné Wang Mingjun, responsable au Comité de gestion urbaine du district de Xicheng. « Le renouvellement urbain n'est pas un projet ponctuel. C'est un processus continu dans lequel chacun a un rôle à jouer ».
Les données officielles indiquent que, depuis 2017, plus de 5 200 ruelles et passages de Beijing ont bénéficié d'améliorations de leur cadre de vie, s'accompagnant d'une hausse constante de la satisfaction des habitants.
Cette approche reflète une évolution plus large à l'échelle de la Chine.
Dans le cadre du plan de renouvellement urbain prévu pour la période du 15e Plan quinquennal (2026-2030), la Chine ambitionne de bâtir, d'ici 2030, des villes offrant une qualité de vie élevée pour tous — une vision qui, dans le hutong Lanman, prend déjà forme.

