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Carnet de voyage : Hami, la porte d'entrée du Xinjiang

le Quotidien du Peuple en ligne 14.08.2026 15h19

Le Xinjiang a toujours été pour moi une destination de rêve. Et le meilleur dans tout, c'est que la ville porte le nom de mon fruit préféré au monde, Hami (melon).

Hami est située à la lisière orientale du Xinjiang, près de la frontière avec la province du Gansu. Pendant des siècles, elle a servi de porte d'entrée entre le cœur agricole de l'est d'une part et le vaste intérieur aride de l'autre part. Au fil des dynasties, les habitants lui ont donné différents noms : Yiwu sous la dynastie Han (206 av. J.-C. – 220 apr. J.-C.), Yizhou sous la dynastie Tang (618-907), et Hami depuis la dynastie Ming (1368-1644). Mais son rôle est toujours resté le même : une porte d'entrée.

Hami était un carrefour pour les voyageurs. Des caravanes traversaient la région sur leur chemin vers l'ouest, le long de la Route de la soie, des chameaux chargés de soie et de jade, des marchands négociant dans toutes les langues que la situation exigeait. Des armées sont également passées. Tout ce qui traversait Hami venait d'ailleurs pour aller ailleurs. La ville était chargée de laisser passer, de nourrir les voyageurs, d'abreuver les bêtes, de prendre sa part, et de désigner l'horizon à tous.

Ce rôle n'a pas tellement changé, il s'est juste modernisé. Hami assume aujourd'hui un titre que ces marchands d'antan n'auraient jamais pu deviner: « Ville modèle nationale pour l'unité et le progrès ethniques ». La ville envoie également vers l'est quelque chose qui est peut-être moins visible mais sans doute tout aussi important : de l'électricité, par gigawatts, vers les villes qui en ont besoin.

Photo du projet de démonstration d'énergie intégrée de 1 million de kilowatts combinant l'énergie solaire thermodynamique à concentration (CSP) et le photovoltaïque (PV) de Three Gorges Renewables (Group) Co., Ltd. à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, (nord-ouest de la Chine). (Michael Kurtagh/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Photo du projet de démonstration d'énergie intégrée de 1 million de kilowatts combinant l'énergie solaire thermodynamique à concentration (CSP) et le photovoltaïque (PV) de Three Gorges Renewables (Group) Co., Ltd. à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, (nord-ouest de la Chine). (Michael Kurtagh/Le Quotidien du Peuple en ligne)

J'ai commencé ma matinée au projet de démonstration d'énergie intégrée de Three Gorges Renewables (Group) Co., Ltd., à quelques minutes en voiture de la ville. Un responsable local a fièrement déclaré qu'il s'agissait du plus grand projet en activité de ce type dans le pays.

On entend beaucoup de choses, lorsqu'on écrit sur les énergies propres, comme la quantité de vent et de soleil qu'un endroit reçoit. Mais on entend moins parler du problème ennuyeux et peu glamour qui détermine si tout ceci a un sens : que se passe-t-il quand le soleil se couche ?

Dans cette centrale, la réponse est les sels fondus.

Des rangées de plus de 260 000 miroirs s'étendent sur un champ de capteurs de 800 000 mètres carrés. Ils concentrent la lumière du soleil sur un réseau de tubes sous vide répartis sur 46 circuits, pour une longueur totale de 12 kilomètres. La chaleur convertie en énergie thermique est emmagasinée par des sels fondus pendant des heures après la tombée de la nuit. Lorsque le soleil se couche et que les panneaux photovoltaïques cessent de produire, la chaleur stockée peut continuer à alimenter une turbine à vapeur, ainsi le flux d'électricité peut continuer à alimenter le réseau.

Photo du projet de démonstration d'énergie intégrée de 1 million de kilowatts combinant l'énergie solaire thermodynamique à concentration (CSP) et le photovoltaïque (PV) de Three Gorges Renewables (Group) Co., Ltd. à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, (nord-ouest de la Chine). (Michael Kurtagh/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Photo du projet de démonstration d'énergie intégrée de 1 million de kilowatts combinant l'énergie solaire thermodynamique à concentration (CSP) et le photovoltaïque (PV) de Three Gorges Renewables (Group) Co., Ltd. à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, (nord-ouest de la Chine). (Michael Kurtagh/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Quatre-vingt-dix pour cent de la capacité du site provient de panneaux photovoltaïques classiques. Les 10 % restants proviennent d'une technologie plus étrange et plus complexe, une technologie qui travaille silencieusement et fait ce que la technologie rapide et familière ne peut pas faire : stocker l'énergie solaire et la renvoyer vers le réseau après la tombée de la nuit. Ce ratio m'a fait penser à un sprinteur et un marathonien qui partageraient la même ligne d'arrivée. Une fois que j'ai réussi à me représenter les choses ainsi, je n'ai pu m'arrêter: les panneaux s'éteignent au crépuscule, les cuves de sel continuent de fonctionner toute la nuit.

Mais c'est le moment du déjeuner qui a le plus marqué ma journée.

Au lieu d'aller au restaurant, nous avons pris notre repas à la cafétéria de Hami Beikong City Service Co., Ltd. La nourriture était certes simple mais délicieuse, et nous nous sommes assis juste en face des ouvriers alors qu'ils prenaient également leur pause déjeuner. C'était une cafétéria de travail ordinaire, le genre d'endroit où l'on remarque les petites choses uniquement parce qu'il n'y a pas grand-chose d'autre pour attirer votre attention.

Une rangée de dessins d'enfants était scotchée le long d'un couloir– les fils et les filles des ouvriers, m'a-t-on dit – des crayonnages de mains jointes, des drapeaux, des fleurs, le genre de dessins spontanés que les enfants font quand on leur demande de représenter l'unité.

Photo de groupe des ouvriers de Hami Beikong City Service Co., Ltd. et des employés du Quotidien du peuple en ligne à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang (nord-ouest de la Chine). (Wang Xiaoping /Le Quotidien du Peuple en ligne)

Photo de groupe des ouvriers de Hami Beikong City Service Co., Ltd. et des employés du Quotidien du peuple en ligne à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang (nord-ouest de la Chine). (Wang Xiaoping /Le Quotidien du Peuple en ligne)

Ce n'était pas le seul signe. Des affiches dans le bâtiment parlaient de la solidarité ethnique, de la même manière légère et informelle que, dans une salle de pause, on parle de la sécurité incendie ou du pique-nique de l'entreprise. En bas, un panneau d'affichage indiquait des informations sur les cours de mandarin que l'entreprise donne à ses ouvriers : pratique, simple, sans fioritures, le genre de chose qui, sans faire de bruit, permet à une main-d'œuvre mixte de fonctionner au quotidien.

J'étais assis à manger et j'écoutais des collègues Han, Ouïgours et Kazakhs passer sans stress d'une langue à une autre pour revenir au mandarin sans avoir l'air de s'en rendre compte. La cafétéria toute entière ressemblait plus à un endroit où cette idée était imprégnée dans les meubles qu'à un endroit où une entreprise avait décidé de promouvoir un slogan, une réalité plutôt qu'un message qu'on y aurait épinglé.

Cela m'a d'autant plus frappé quand j'ai constaté que la ville, au-delà de ces murs, affichait la même désignation : telle un fait officiel, et non comme un argument de communication instauré pour ma visite.

L'après-midi, je suis allé voir ce que j'attendais avec impatience depuis mon arrivée : le melon de Hami.

Toute une plateforme rien que pour ce fruit: sélection, stockage, apposition de la marque, tout l'attirail. En la parcourant, j'avais un peu l'impression de visiter un sanctuaire dédié à mon fruit préféré.

Plants de melon de Hami sur la plateforme de la filière des fruits frais de melon de Hami à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang (nord-ouest de la Chine. (Michael Kurtagh/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Plants de melon de Hami sur la plateforme de la filière des fruits frais de melon de Hami à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang (nord-ouest de la Chine. (Michael Kurtagh/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Les producteurs de la région cultivent les melons depuis des siècles, avec une histoire que l'on peut retracer jusqu'à la dynastie Han. Les melons étaient ensuite envoyés en cadeau à la cour impériale, ce qui a contribué à donner le nom du fruit à la ville de Hami.

Quelle que soit l'histoire derrière ce nom, sa réputation n'est pas un mystère.

Photo de différentes variétés de melons de Hami sur la plateforme de la filière des fruits frais de melon de Hami à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine. (Michael Kurtagh/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Photo de différentes variétés de melons de Hami sur la plateforme de la filière des fruits frais de melon de Hami à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine. (Michael Kurtagh/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Tranche après tranche, chacune était successivement plus sucrée et plus croquante que la précédente. Sans aucune retenue face à ce fruit, j'ai essayé à la fois une bière au melon de Hami et un autre alcool toujours au melon. Ni l'un ni l'autre ne semblaient normalement pas pouvoir fonctionner, et pourtant si.

J'ai fini ma journée dans la rue ancienne d'Altun, le marché nocturne et la vieille ville de Hami réunis en un seul lieu, au cœur de ce qui fut auparavant le siège des dirigeants de Hami, qui ont gouverné la région pendant des générations.

Photo de la rue ancienne d'Altun à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang (nord-ouest de la Chine). (Michael Kurtagh/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Photo de la rue ancienne d'Altun à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang (nord-ouest de la Chine). (Michael Kurtagh/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Aujourd'hui, elle est bordée de plus d'une centaine de boutiques de broderies, de calebasses sculptées à la main ou encore de peintures paysannes, le genre de produit d'artisanat populaire que l'on pouvait voir uniquement dans les maisons des locaux mais qui existe maintenant pour les gens comme moi, avec un carnet de notes.

Un vendeur dessine des visages sur ses melons de Hami dans la rue ancienne d'Altun à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, (nord-ouest de la Chine). (Le Quotidien du Peuple en ligne /Michael Kurtagh)

Un vendeur dessine des visages sur ses melons de Hami dans la rue ancienne d'Altun à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, (nord-ouest de la Chine). (Le Quotidien du Peuple en ligne /Michael Kurtagh)

La foule semblait arriver en même temps, au moment où la chaleur commençait à descendre: lumières des lanternes, grillades fumantes, et à la radio passait une musique que je ne reconnaissais pas.

Un homme fait griller des brochettes dans la rue ancienne d'Altun à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang (nord-ouest de la Chine). (Michael Kurtagh/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Un homme fait griller des brochettes dans la rue ancienne d'Altun à Hami, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang (nord-ouest de la Chine). (Michael Kurtagh/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Les marchés nocturnes donnent souvent le reflet le plus fidèle d'un endroit. Ce ne sont que des personnes, tard le soir, faisant ce qu'ils feraient dans ces cas-là.

En voyant tout cela et en repensant à cette cafétéria, ce même mot me revenait sans cesse: mélange.

Pas divisé, pas soigneusement rangé, mais simplement et confortablement mélangé sans que l'on le remarque.

(Web editor: Qianqian Wu, Yishuang Liu)