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La Chine vue sans se presser par deux Français arrivés à pied
Avant que Benjamin René et Loïc Michel ne quittent leur ville natale d'Annecy, dans le sud-est de la France, en septembre 2024, la Chine était pour eux un pays lointain mais fascinant, un nom plus souvent rencontré dans les gros titres que dans les conversations de tous les jours.
« En France, la Chine semble extrêmement lointaine », a dit René, 27 ans. « Cela représente presque la fin du monde, aussi loin qu'on peut aller à pied ».
L'idée de transformer cette distance abstraite en expérience vécue est née deux ans plus tôt, lors d'un dîner décontracté composé de pizza et de bière à Paris en novembre 2023. Les deux amis se sont retrouvés à parler de routines de travail répétitives et du sentiment d'être coincés dans leur vie quotidienne. Puis, se surprenant eux-mêmes, ils ont pris une décision audacieuse : marcher jusqu'en Chine, en choisissant un moyen de transport à faibles émissions de carbone et respectueux de l'environnement.
Ils ont passé plus de six mois à se préparer. Des cartes ont été étudiées, des visas demandés, l'entraînement physique intensifié. Finalement, ils ont quitté leur emploi à Paris, n'ont emballé que l'essentiel dans des sacs à dos légers et ont accepté que le chemin à parcourir durerait bien plus d'un an. Leur itinéraire prévu s'étendrait sur environ 13 000 kilomètres, traverserait 16 pays et se terminerait à Shanghai.
La Chine, où ils sont entrés le 13 septembre après un voyage de près d'un an à travers l'Asie centrale, a marqué une étape importante, non seulement en termes géographiques, mais aussi émotionnels. Au moment où ils sont arrivés à Lanzhou, la capitale de la province du Gansu (nord-ouest de la Chine), ils étaient sur la route depuis environ 450 jours.
Un trekking à travers les continents
L'idée de parcourir une telle distance peut paraître audacieuse, mais René et Michel ont planifié leur voyage avec soin et discipline. Ils ont divisé leur parcours en étapes de trois à quatre mois, avec pour objectif de marcher 40 à 50 kilomètres par jour. Ils ont traversé les Alpes, les Balkans et de longues étendues isolées d'Asie centrale. Au moment où ils sont entrés en Chine, ils avaient passé environ 400 jours sur la route, parcouru près de 8 000 kilomètres et porté six paires de chaussures chacun.
Physiquement, l'adaptation s'est faite progressivement. « Au début, on marchait peut-être 20 ou 30 kilomètres par jour », a raconté Michel, 26 ans. « Maintenant, nos corps sont habitués ». Dans les bons jours, ils peuvent marcher jusqu'à 60 kilomètres, même si les heures de clarté et les conditions météorologiques en hiver a souvent limité leur rythme.
« Chaque pas est très petit », a noté René. « On ne se sent jamais soudainement loin de chez soi ». Avancer lentement, explique-t-il, rend les transitions culturelles plus douces. « Vous n'êtes pas sous le choc lorsque vous arrivez quelque part. Vous l'avez vu venir », a-t-il affirmé.
Cette lenteur ouvre aussi des portes. « Si nous avions pris l'avion ou le train, nous ne serions jamais venus à Lanzhou », a dit René, ajoutant que « nous n'aurions jamais rencontré tous ces gens ».
En chemin, surtout dans les petites villes et villages, ils ont souvent rencontré des gens qui n'avaient jamais vu d'étrangers auparavant. Les invitations à prendre le thé, les repas partagés et l'aide pour s'orienter sont devenus monnaie courante. « Les gens sont vraiment accueillants », a souligné Michel. « Parfois, ils payaient même notre hôtel ou notre nourriture ».
La chaleur et l'hospitalité du peuple chinois sont devenues la partie la plus mémorable de leur voyage.
Avant le voyage, leur compréhension de la Chine était limitée. « La plupart de ce que nous avons entendu en France venait de l'actualité », a poursuivi Michel. « La politique, l'économie, les grandes entreprises. Nous ne connaissions pas vraiment les gens ».
« La plus grande découverte pour nous, c'est le peuple chinois », a déclaré René. « Et nous en sommes très heureux ».
En suivant l'ancienne Route de la Soie
Après avoir parcouru la région autonome ouïgoure du Xinjiang (nord-ouest de la Chine), les deux randonneurs sont entrés dans la province voisine du Gansu et ont continué vers l'est le long de l'ancien corridor de Hexi. Ils ont emprunté des autoroutes au bord du désert près de Wuwei, ont visité le tombeau Han de Leitai et sont restés émerveillés devant les reliefs de grès rouge de Danxia dans le comté de Yongdeng avant d'arriver à Lanzhou le 27 novembre.
Des immeubles de grande hauteur s'étendaient à travers la vallée, éclairés la nuit par des écrans LED, un contraste saisissant avec la plupart des villes européennes qu'ils connaissaient. Pourtant, ce n'est pas seulement la modernité qui les a impressionnés, mais la façon dont elle coexiste avec l'histoire. « Je ne m'attendais pas à ce qu'une ville intérieure du nord-ouest soit aussi moderne tout en préservant autant de bâtiments traditionnels chinois », a noté Michel. « Le contraste est magnifique ».
Les musées sont rapidement devenus un élément essentiel de leur exploration. Au Musée provincial du Gansu, ils ont exploré l'héritage de la Route de la Soie : des poteries peintes de Majiayao et l'emblématique cheval au galop foulant une hirondelle volante. « Après avoir parcouru ces lieux nous-mêmes, voir les artefacts a donné l'impression que tout était connecté », a expliqué Michel.
Pour eux, la Route de la Soie n'a jamais été qu'une simple route commerciale. « C'est un pont de dialogue entre les civilisations », estime René. « Dans les musées, on ressent vraiment le cœur de la ville ».
Le 29 novembre, René et Michel ont organisé une petite rencontre dans un restaurant local de nouilles au bœuf, qu'ils ont décrit comme l'âme de la ville. Ils voulaient apprendre comment était préparé ce plat emblématique et partager les histoires de leur voyage.
« Pour nous, comprendre une ville, c'est utiliser nos pieds, nos mains et nos papilles », a commenté Michel.
« Nous sommes venus en Chine parce que nous en connaissions très peu », a-t-il poursuivi. « Maintenant, nous voulons partager ce que nous avons appris : que la Chine est diversifiée, complexe et peuplée de bonnes personnes ».
Pour eux, le voyage lent offre une manière plus durable et plus significative de comprendre le monde. « Ce que nous voulons dire, c'est que les choses sont plus complexes que ce à quoi nous sommes habitués et qu'il existe de nombreuses façons de voir le monde », a conclu Michel. « La culture chinoise est très différente de la culture européenne et française, et cette différence nous aide à réfléchir sur notre propre culture ».

