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Guiyang, la ville à 23°C : Trois verres, s'il vous plaît

le Quotidien du Peuple en ligne 05.08.2026 16h23

Sur le plateau du Yunnan-Guizhou (sud-ouest de la Chine), enveloppée d'une forêt si dense, Guiyang, littéralement « la montagne du soleil » doit son nom à la montagne Gui. Ici, l'été ne dépasse jamais les 23 degrés : « Guiyang, c'est frais, c'est agréable ». Mais comment ? Il faut une journée entière pour le comprendre et pour le savourer.

Le rituel du matin

À Guiyang, la journée commence devant un bol de « chang-wang mian ». Ces nouilles au porc et au sang caillé ne sont pas un simple petit-déjeuner : « chang » pour l'intestin, « wang » pour le sang, est l'homophone en chinois de « prospérité constante ». Les nouilles croustillent, la graisse fond dans la bouche, le sang, lui, se dérobe sous la langue. On avale d'un coup, et c'est une explosion de saveur nouilles, chair, bouillon, qui réveille les papilles.

(Yang Qian/Le Quotidien du Peuple en ligne)

(Yang Qian/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Mais les matins de Guiyang s'accompagnent d'un autre délice : le café. Il suffit de flâner autour du pavillon Wenchang pour tomber dans les ruelles les plus serrées de la ville : George Captain, Black Stone, GTS… Des enseignes, qui à première vue, ne paient pas de mine, et pourtant, poussez la porte, et vous pourriez déguster la tasse d'un champion du monde. Pas seulement un, mais six ! Un sacre mondial, cinq titres nationaux : Guiyang a été sacrée « ville championne du café ». Ici, pas besoin d'afficher le savoir-faire dans les vitrines, il se boit au coin de la rue, au hasard d'une envie matinale.

Et ça ne s'arrêtent pas là : on y va avec toutes les recettes et combinaisons possible et imaginable. Le café ? C'est une toile blanche, les saveurs du terroir en sont les couleurs. On y ajoute du poisson Houttuynia, du fruit de rosa roxburghii, voire une pointe de liqueur de soja. Quant aux décors, ils défient carrément l'imagination : grotte calcaire aux stalactites millénaires, ou falaise vertigineuse avec un plancher de verre au-dessus des gorges de l'Awo : la montagne se boit à petites gorgées.

L'après-midi, les bras ouverts à la campagne

(Tu Min/Le Quotidien du Peuple en ligne)

(Tu Min/Le Quotidien du Peuple en ligne)

Justement, c'est l'heure du thé. Autour du pavillon Jiaxiu, ce vieux vestige de pierre érigé sous les Ming il y a quatre cents ans, impassable au milieu du courant, au bord de la rivière Nanming, on s'installe pour le « ba-ba cha » (le thé de rue). Pour dix yuans, l'eau chaude est à volonté. Les anciens bavardent en dialecte, les jeunes sur leur téléphone filment l'ambiance, et la ville, tranquillement, poursuit sa vie.

Pour les gens pressés, les nouveaux sachets de thés à emporter réinventent la tradition : la douceur acidulée du fruit de rosa roxburghii, le caractère du vin de riz miao, l'amertume du matcha de Tongren – tout se glisse dans un même gobelet, et l'équilibre se fait en bouche. Mais c'est à Huaqi, dans le canton de Jiuan, que l'âme du thé se retrouve vraiment : des théiers vieux de mille ans côtoient ensemble les terrasses neuves, et l'on peut cueillir, torréfier, adopter un arbre ancien. Le thé n'est plus seulement une boisson, mais devient un art de vivre.

La nuit, une fraîcheur qui s'embrase

La nuit tombe et la rue Taiping s'allume. Rénovée en 2023, cette artère centenaire a redonné vit à la rivière Guancheng longtemps enseveli sous le bitume. L'eau coule à nouveau, et la ville s'est réveillée. La rue a même été primée « Modèle de rénovation urbaine » en Chine.

À deux pas se trouve le marché de Qingyun, ancienne usine de tricot, s'illumine de mille feux. Boutiques de créateurs ou échoppes gourmandes, on y retrouve les spécialités locales : bouillons clairs, brochettes grillées, bœuf au bouillon aigre. On s'y attable entre amis, et la nuit devient une fête gourmande.

Mais dans l'air, il n'y a pas que le bouillon qui fermente. Guiyang, c'est aussi la capitale improvisée de la bière artisanale : plus de 1 300 brasseries, une densité qui rendrait jaloux les grandes villes du pays. Là où d'autres se jouent de l'amertume du houblon, Guiyang mise sur son génie du terroir : une IPA au poivre du Sichuan, une lager aux baies de poivrier ; ici les senteurs des montagnes se mêlent au malt, et la bière devient le souvenir des collines.

Des jeunes venus de partout dans toute la Chine peuplent ces lieux. Ils mangent, boivent, discutent, travaillent, fondent des start-up, et deviennent progressivement des « Guiyangais d'adoption ». La ville, en retour, les soutient, offre un filet de sécurité pour ceux qui veulent y poser leurs valises et leurs rêves : aides à l'emploi, activités culturelles, logements abordables.

Voilà, c'est ça Guiyang. Il faudra lever trois verres : Le matin, le réconfort d'un bol de nouilles et l'énergie d'un café champion ; l'après-midi, la lenteur d'un thé de rue ; et le soleil couchant, une nuit animée par les cliquetis des verres et des brasseries. Un rythme, trois temps, une harmonie.

(Web editor: Ying Xie, Yishuang Liu)