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Ningxia : les broderies de têtes de tigres du nord-ouest connaissent un succès croissant en Chine et à l'étranger

Xinhua 18.09.2026 10h01

Depuis des générations, dans le nord-ouest de la Chine, broder un tigre féroce sur le bonnet d'un nourrisson servait de bouclier spirituel contre les maux du monde. Avant l'arrivée des cliniques modernes dans les vallées reculées de Guyuan, dans la région autonome Hui du Ningxia, les grands-mères cousaient des têtes de tigre brodées aux yeux écarquillés sur des chaussures, des oreillers et des bonnets ; ces motifs étaient censés défier les mauvais esprits et consolider la santé fragile des tout-petits.

Aujourd'hui, ces anciens talismans protecteurs trouvent une nouvelle place en ornant les tenues tendance de la génération Z.

Portée par un engouement viral sur les réseaux sociaux, notamment après qu'un sac arborant une tête de tigre a été aperçu au bras du fils d'Elon Musk, la broderie traditionnelle dite « Duoxiu » est en train de passer du statut de folklore en voie de disparition à celui d'entreprise pesant plusieurs millions de yuans. Ce qui était autrefois une prière de survie cousue à la main est devenu un accessoire mondialisé, prouvant que les anciennes amulettes chinoises n'ont pas besoin d'être conservées sous vitrine pour rester vivantes ; il leur suffit d'une meilleure fermeture éclair.

« Les talismans en forme de tigre ont toujours fait partie de notre quotidien lorsque nous grandissions dans le nord-ouest », a expliqué Gao Guangjuan, gérante d'une boutique dédiée à l'art de la broderie « Duoxiu ». Pour séduire les jeunes consommateurs, Mme Gao et son mari, Liu Fei, ont transformé ces divinités mythiques à l'allure traditionnellement féroce en motifs contemporains et adorables, mêlant folklore local et esthétique moderne.

Selon Mme Gao, grâce à l'intérêt croissant des jeunes acheteurs, la valeur de la production annuelle de l'entreprise a bondi, passant de 18 millions de yuans (2,68 millions de dollars) en 2024 à 30 millions de yuans en 2025. Rien qu'au premier semestre 2026, le chiffre d'affaires a dépassé les 20 millions de yuans, porté par un afflux de commandes internationales et de demandes provenant de tout le pays, précise-t-elle. « Dans nos boutiques d'aéroport, les étrangers apprécient beaucoup nos produits. C'est là toute la magie de notre culture ethnique », a-t-elle noté, ajoutant que le couple espère voir ses créations connaître un succès mondial.

Ces dernières années, une initiative pionnière de jumelage entre la province du Fujian (sud-est de la Chine) et le Ningxia, visant à réduire la pauvreté et à revitaliser les zones rurales, a insufflé une dynamique vitale aux entreprises locales. L'atelier de Mme Gao a utilisé le soutien financier de ce projet de coopération pour former des femmes rurales à la broderie et au commerce électronique, accompagnant ainsi l'augmentation de la production de son entreprise. Son atelier a mis en place un processus de fabrication minutieux : chaque article passe entre les mains de 12 à 15 femmes sur une période de deux jours. Si certaines employées à temps plein effectuent des journées de huit heures à l'atelier, de nombreux composants spécifiques et détails cousus main sont confiés à des femmes des zones rurales voisines, qui peuvent ainsi les réaliser chez elles selon leurs propres horaires.

Ce modèle de production communautaire a permis à plus de 4 000 femmes rurales de trouver un emploi près de chez elles, tout en conciliant travail et responsabilités familiales.

L'une d'entre elles est Xu Qinrong. Mère de deux filles, elle travaille huit heures par jour à l'atelier, où elle supervise le développement des produits et l'assemblage final. Elle gagne environ 3 500 yuans par mois, mais elle emporte souvent chez elle des kits de sacs à main pour les assembler en famille le soir. Grâce à ce travail supplémentaire à domicile, Xu Qinrong peut gagner entre 1 000 et 2 000 yuans de plus chaque mois, ce qui allège considérablement la charge financière de son foyer et contribue au financement de la scolarité de ses enfants. « C'est bien mieux que de rester à la maison comme femme au foyer à temps plein », a-t-elle confié, ajoutant qu'elle transmet également son savoir-faire à des femmes des communes voisines pour leur permettre de générer un revenu complémentaire.

Ming Rui, animatrice de ventes en direct (livestreaming), a quant à elle appris à gérer des boutiques en ligne lors d'une formation organisée par l'entreprise ; elle gère désormais quatre boutiques d'e-commerce pour vendre ces produits. Elle reçoit les stocks directement de l'usine et règle les paiements chaque mois après la vente des articles, ce qui lui évite toute pression financière liée à un excédent de stock.

« Auparavant, mon salaire habituel suffisait à peine à couvrir mes propres dépenses », a-t-elle dit. « Aujourd'hui, je peux utiliser une partie de ce revenu supplémentaire pour aider ma famille et payer les activités extrascolaires de mon enfant ».

(Web editor: Ying Xie, Yishuang Liu)