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Un ancien canal du sud de la Chine renaît comme un patrimoine vivant
Ai Chenggang, âgé de plus de 70 ans, a passé sa vie dans le comté de Xing'an, dans la région autonome zhuang du Guangxi (sud de la Chine), où le canal Lingqu coule devant les maisons et les champs depuis plus de deux millénaires.
« Ce canal, c'est ce que le mot "chez nous" signifie pour nous », a-t-il déclaré.
Le canal Lingqu, à environ 60 kilomètres du centre-ville de Guilin, est l'un des points centraux de la Conférence mondiale des canaux, qui a ouvert ses portes le 12 octobre.
La conférence réunit des représentants de villes fluviales, d'institutions de recherche et d'organisations de voies navigables de plus de 20 pays. C'est la troisième fois que l'événement se tient en Chine et la première au Guangxi (sud de la Chine). Les discussions portent sur la manière de préserver les voies d'eau historiques tout en maintenant leur valeur pour les communautés locales riveraines.
UN LIEN ANCIEN
Descendant des « doujun », gardiens qui patrouillaient autrefois sur les berges, réparaient les digues et actionnaient les écluses pour que les bateaux circulent en sécurité, Ai Chenggang œuvre désormais au sein d'un groupe de bénévoles qui protège la voie d'eau, maintenant que les routes et les chemins de fer ont remplacé le canal comme voie de transport.
Le canal Lingqu, long de 37 kilomètres, a été construit sur ordre de l'empereur Qinshihuang, de la dynastie Qin (221 av. J.-C.-207 av. J.-C.), reliant les rivières Xiangjiang et Lijiang et, par leur intermédiaire, les bassins du fleuve Yangtsé et de la rivière des Perles. Il est devenu une voie commerciale essentielle reliant l'intérieur de la Chine à la région méridionale.
Avec Dujiangyan et le canal Zhengguo, le Lingqu est considéré comme l'un des trois grands projets hydrauliques de la Chine antique. Aucun navire de marchandises ne parcourt aujourd'hui ses eaux, mais le canal irrigue encore les terres agricoles, contribue à la lutte contre les crues et alimente la rivière Lijiang qui traverse le célèbre paysage karstique de Guilin.
En 2018, le Lingqu a été inscrit au titre d'ouvrage d'irrigation du patrimoine mondial, le premier au Guangxi à recevoir cette distinction.
LE MAINTENIR EN VIE
Protéger un canal ne se limite pas à restaurer d'anciennes maçonneries.
Les autorités ont interdit l'extraction de pierres le long de la voie d'eau. Ils ont amélioré le traitement des eaux usées et éliminé les déchets, tandis que des réglementations régionales et locales assurent une protection juridique du site.
Le tourisme s'est développé parallèlement à ces efforts.
Le site touristique du Lingqu a accueilli plus d'un million de touristes en 2025, dont plus de 10 000 participants à des circuits éducatifs, stimulant l'activité des restaurants, hôtels et transporteurs locaux.
Pour les habitants comme Zeng Jinglan, 69 ans, peintre au doigt dont les œuvres ont été exposées dans le monde entier, protéger le canal Lingqu et préserver son patrimoine culturel est devenu partie intégrante de la vie quotidienne.
Aujourd'hui, les paysages, les plantes et la faune du canal inspirent ses peintures. Elle espère que son art contribuera à maintenir son patrimoine culturel vivant pour les générations futures.
Plus de 2 000 ans après la construction du Lingqu, un autre canal a été ouvert au Guangxi (sud de la Chine). Le canal de Pinglu, long de 134,2 kilomètres, entré en service en septembre dernier, offre au sud-ouest de la Chine un itinéraire fluvial plus court vers la mer.
Des experts ont déclaré que les deux canaux soulignent le rôle durable des voies d'eau dans la mise en relation des régions, la facilitation du commerce et la dynamisation du développement de la Chine.
Ai Chenggang enfourche toujours son vélo pour suivre le canal que ses ancêtres gardaient autrefois. Les bateaux de marchandises ont disparu. Des générations de gardiens du canal se sont succédé. Mais l'eau coule toujours.
« Tant que le canal est là, nos racines demeurent », a-t-il déclaré.

