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Crise centrafricaine : Adama Yerima, trois mois de marche à pied à 77 ans pour atteindre le Cameroun

( Xinhua )

10.05.2014 à 14h48

Couché sur une natte à l'ombre d'un manguier au centre de transit des réfugiés centrafricains et d'autres nationalités à Garoua-Boulaï, localité de l'Est du Cameroun à la frontière avec la Centrafrique, le vieux Adama Yerima, 77 ans, tente de reprendre ses forces, après une incroyable chevauchée de trois mois de marche à pied en brousse pour fuir les violences dans son pays.

Désormais sous la protection du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), à l'origine de la mise en place du centre de transit des réfugiés de Garoua-Boulaï, avec le concours des autorités camerounaises, le vieil homme est un miraculé des exactions des milices anti-Balakas (anti-machettes) qui sèment la terreur en Centrafrique, en guerre contre les ex-rebelles de la Séléka qui avaient porté au pouvoir le 24 mars 2013 à Bangui leur leader Michel Djotodia.

Victime d'un tir d'arme à la cuisse droite lors d'une attaque il y a quatre mois de ces inconditionnels de l'ex-président centrafricain François Bozizé contre la localité de Baoro, son village natal, il avait été transporté vidé de son sang et dans un état d'inconscience à l'hôpital public de cette bourgade de la sous-préfecture de Nana Mambéré (Nord-Ouest) où il avait été soigné, a-t-il rapporté à Xinhua.

Cinq personnes avaient été tuées au cours de cette attaque, dont un de ses fils, un frère cadet et trois autres habitants de Baoro. "Je suis ici depuis quatre jours, avec ma femme (40 ans) et notre fils de 24 ans. Les autres membres de la famille sont dispersés, nous n'avons pas de nouvelles d'eux", a-t-il dit en sango, la langue nationale centrafricaine.

Depuis Baoro, le trajet, fait de cueillette et parfois de viande de bœufs offerte par des bergers, d'Adama Yerima de confession musulmane l'a conduit à Bouar puis Kentzou et Gbiti dans l'Est du Cameroun avant de se signaler, au terme cette fois-ci d'un voyage en camion grâce à une aide de personnes de bonne volonté de Gbiti, à Garoua-Boulaï pour tenter de retrouver d'autres membres de sa famille qui y étaient annoncés.

Accueilli dans un état de fatigue générale, le vieil homme affirme avoir une meilleure santé. Il continue de porter les mêmes vêtements depuis quatre mois. "La Centrafrique pour moi, c'est fini. C'est la première fois de ma vie que je vois un tel déchaînement de violences. Beaucoup de personnes ont été tuées par les anti-Balakas dans mon village", lâche-t-il sur un air d'amertume.

Opérationnel depuis le 4 février par les soins du HCR et des autorités camerounaises, le centre de transit des réfugiés centrafricains et d'autres nationalités sert à accueillir pendant un maximum de 48 heures des demandeurs d'asile après une première escale à l'esplanade de la sous-préfecture de Garoua-Boulaï et avant leur transfert vers des sites de relocalisation définitifs.

Doté de trois grands hangars communautaires et d'une quinzaine de tentes, il hébergeait dimanche 367 personnes représentant 97 familles et réparties entre 5 nationalités, dont 232 Centrafricains, 52 Tchadiens, 43 Nigérians, 34 Camerounais et 3 Nigériens.

"Il y a une baisse de flux d'arrivants par rapport à février et mars où nous avions 4.000 personnes sur le site. Nous recevons en moyenne 1.000 à 1.500 personnes par mois. A peine 2% de Centrafricains expriment leur intention de rentrer après la normalisation de leur pays. Certains disent qu'ils n'ont plus de racines là-bas", a indiqué à Xinhua Moïse Kramo Konan, chef d'équipe de l'urgence du HCR.

Depuis la grande offensive des anti-Balakas le 5 décembre 2013 à Bangui, quelque 81.078 Centrafricains ont franchi le territoire camerounais, dont 79.107 enregistrés par le HCR dans cinq régions : 57.305 dans l'Est, 14.243 dans l'Adamaoua, 2.751 dans le Nord, 1.932 dans le Centre et 2.876 dans le Littoral, selon un recensement du 2 mai communiqué à Xinhua.

Selon la représentante-résidente du HCR au Cameroun, Ndèye Ndour, "on a eu un pic entre janvier et maintenant, on a plus de 80.000 Centrafricains qui sont arrivés sur le territoire camerounais, dont 60% dans un état déplorable, parce qu'ils ont fui la Centrafrique. Certains ont marché pendant trois mois avant d'atteindre le Cameroun, en dormant en brousse, en se nourrissant de racines."

"On a constaté que 60% de ces réfugiés sont des femmes et des enfants", poursuit la responsable onusienne.

Parmi ces réfugiés, quelque 23.000 sont logés dans quatre sites d'accueil dans la région de l'Est dont plus 8.000 au camp de Gado Badzere, non loin de Garoua-Boulaï. Dans le lot, figurent 156 personnes âgées de plus de 60 ans réparties entre 89 hommes et 69 femmes.

Arrivée depuis une semaine dans cette ville frontalière, Asta Baïro, 80 ans, affirme avoir été contrainte elle aussi à l'exil après avoir quitté son village de résidence de Yaloké à cause des anti-Balakas qui ont tué trois de ses 10 enfants. Avec elle, la vieille dame, une longue silhouette filiforme, traîne une nièce de 20 ans et mère de deux bambins, puis un neveu de 10 ans.

Pour atteindre le Cameroun, il lui a également fallu un parcours de deux semaines de marche à pied en brousse, sans nourriture. "Les vêtements que je porte m'ont été offerts par des habitants de Garoua-Boulaï", a-t-elle confié.

Elle s'efforce tout de même de garder la tête haute, le visage illuminé de sourire. Ce qui n'est pas le cas d'Idrissa Oumarou, 45 ans, qui, dans une envolée de colère, maudit les responsables des violences qui déchirent son pays. "Les anti-Balakas, ce n'est pas bon. La Centrafrique, ça va, je reste ici au Cameroun".

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