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Comment le train « Route Céleste » a apporté de gros bénéfices au Tibet

le Quotidien du Peuple en ligne | 16.06.2019 12h56

Gyara Gyatso a rafraîchi le toit-terrasse de son hôtel juste à temps pour les mois chauds à venir, ajoutant des coussins lombaires à fleurs, une vaisselle à motifs bleus et un chariot de boissons séparé. Dans un coin, des meubles confortables font face au toit de tuiles de bronze doré du temple Jokhang voisin.

Lorsque les lumières sont allumées la nuit, Gyara Gyatso invite les clients de l'hôtel à venir dans le patio, à s'allonger sur des canapés et admirer le toit doré et éclatant du temple sous les innombrables étoiles tout en sirotant une tasse d'alcool d'orge des montagnes ou de yogourt au lait de yak fabriqués maison.

La brise estivale caresse Lhassa, capitale de la région autonome du Tibet, offrant les plus belles vues de l'année et amenant des dizaines de milliers de touristes en quête de la romance au Tibet, tous transportés par le chemin de fer Qinghai-Tibet, également appelé la « Route Céleste ».

Gyara Gyatso, propriétaire de deux hôtels, se prépare pour la période la plus chargée de l'année.

« En mai et les cinq mois suivants, la gare de Lhassa accueillera chaque jour des milliers de personnes, originaires pour la plupart d'autres régions de la Chine », a déclaré cet homme de 37 ans, originaire de Shigatse, une ville située à 285 kilomètres de la capitale régionale.

Au cours de la dernière décennie, le boom touristique résultant de l'amélioration considérable des infrastructures de transport au Tibet a vu un nombre croissant d'habitants locaux et des provinces voisines, telles que le Qinghai et le Sichuan, déferler sur Lhassa à la recherche de débouchés commerciaux.

Pendant des siècles, le Tibet a été isolé du monde extérieur par son emplacement isolé, son climat extrême et son altitude intimidante. Jusqu'à l'ouverture du chemin de fer Qinghai-Tibet en 2006 qui a relié la région plus étroitement au reste de la Chine et au monde, le gigantesque plateau tibétain rebutait les voyageurs et jusqu'aux explorateurs les plus audacieux.

Le chemin de fer le plus long et le plus haut de Chine, long de 1 956 km, est un exploit du génie moderne dont tout pays serait fier. Le transport ayant toujours été un moteur de développement économique et social, il a permis à l'économie tibétaine de progresser rapidement.

Les statistiques de la Commission régionale du développement et de la réforme montrent que le PIB du Tibet a atteint 147,7 milliards de yuans (21 milliards de dollars) l'année dernière, soit cinq fois plus qu'avant l'ouverture du chemin de fer. Dans le même temps, le revenu annuel moyen disponible par habitant des habitants des zones rurales et urbaines a atteint 11 450 yuans et 33 797 yuans, respectivement.

« Sans le chemin de fer, je n'aurais jamais pu démarrer mon entreprise », affirme Gyara Gyatso. Il a expliqué que l'idée de diriger un hôtel ou une agence de voyage avait émergé chez lui en 1998, lorsqu'il a quitté le Tibet pour la première fois et s'est engagé dans l'Armée populaire de libération, où il a rencontré d'innombrables personnes désireuses de visiter sa région.

Lorsqu'il a servi dans la province du Yunnan (sud-ouest de la Chine) pendant deux ans, il a remarqué une réaction invariable lorsqu'il s'est présenté comme venant du Tibet : un regard rêveur, presque nostalgique, se glissait dans les yeux des gens. « Je veux aller au Tibet », lui disaient-ils avec mélancolie.

Il a compris leur fort désir de voir la faune et la flore rares du Tibet et son patrimoine naturel et culturel distinct. Il a également pu voir le potentiel commercial. Cependant, à l'époque, l'inaccessibilité du Tibet faisait qu'il n'était pas facile pour les voyageurs de visiter la région.

Les mauvaises installations de transport ont forcé Gyara Gyatso à abandonner son rêve et à retourner à Shigatse en 2000 pour y travailler dans une entreprise produisant des articles spécialisés, tels que la viande de yak et le yogourt au lait de yak. Six ans plus tard, l'ouverture de la voie ferrée Qinghai-Tibet l'a enfin rapproché de sa vision.

Lorsqu'il a entendu parler de l'ouverture de la ligne, il a réservé un aller-retour entre Golmud, dans la province voisine du Qinghai, et Lhassa pour mener une « étude de marché ». Traversant des groupes de touristes avec des accents différents et même des nationalités différentes dans le train, il s'est dit convaincu que l'amélioration de l'accessibilité et de l'abordabilité du Tibet permettrait au tourisme de s'y développer rapidement.

Il a quitté son emploi régulier et a commencé à vendre du cordyceps sinensis, ou champignon-chenille, un champignon utilisé dans la médecine traditionnelle chinoise. Il est ensuite devenu revendeur de voitures d'occasion afin de réunir suffisamment de fonds pour son entreprise.

Enfin, en 2015, avec l'aide d'un emprunt bancaire et l'argent économisé en 15 ans, il a investi plus de 2 millions de yuans dans son premier hôtel.

« Mes parents et mes amis ont essayé de me dissuader de prendre le risque », a-t-il déclaré. « Mais je ne pouvais pas me permettre d'ignorer les opportunités offertes par le développement fulgurant de l'industrie du tourisme ».

La semaine après l'ouverture, il a accueilli son premier groupe d'invités, deux familles de la province du Guangdong. Même s'il n'y avait pas assez d'invités pour occuper les 50 chambres, leur séjour de plus d'un mois a renforcé sa confiance en lui et lui a rapporté plus de 8 000 yuans.

La période des vacances d'été de cette année était « cardiotonique » pour Gyara Gyatso, car les touristes entraient à l'hôtel, réservant la quasi-totalité des chambres. Il était si occupé qu'il a dû reporter son projet d'aller chercher ses parents et les a fait rester à l'hôtel pour célébrer son succès. Il a gagné plus de 100 000 yuans au cours du premier semestre.

« De nombreux agriculteurs ont abandonné leur activité pour créer des entreprises de restauration, occuper des postes de guides touristiques ou de chauffeurs, gérer des hôtels familiaux ou des restaurants, ou encore faire de l'artisanat pour le nombre croissant de visiteurs », a-t-il précisé.

Selon un rapport de travail du gouvernement régional, le Tibet a reçu 33,68 millions de visiteurs l'année dernière, générant un chiffre d'affaires touristique de 49 milliards de yuans, contre seulement 1,8 million de visiteurs et 1,9 milliard de yuans avant l'ouverture du chemin de fer.

De nouvelles opportunités

Dans un proche avenir, davantage de lignes ferroviaires au Tibet seront connectées au reste de la Chine, ce qui accélérera davantage l'intégration de l'économie et de la culture régionales avec le reste du pays.

Par exemple, la construction de la voie ferrée Sichuan-Tibet, longue de 1 900 km, qui sera connectée à la voie ferrée Lhassa-Nyingchi une fois achevée, a déjà attiré des investissements d'environ 200 milliards de yuans. La construction des chemins de fer Yunnan-Tibet et Xinjiang-Tibet est également prévue.

Gyara Gyatso a déclaré avoir pris deux décisions importantes dans sa vie jusqu'à présent : rejoindre l'APL à l'âge de 16 ans, et revenir au pays et accueillir des invités après l'ouverture du chemin de fer.

« La première m'a aidé à comprendre le monde extérieur et la seconde à aider le monde à mieux connaître le Tibet », a-t-il dit. « Quand nous aurons plus de chemins de fer pour dynamiser davantage ce plateau jadis isolé, je me dirai alors que mes décisions étaient encore plus justes ».

(Rédacteurs :Yishuang Liu, Gao Ke)
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