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Tunisie: l'approche des élections pourraient donner lieu à d'autres violences (INTERVIEW)

( Xinhua )

05.03.2013 à 13h30

Deux ans après la révolution de janvier 2011, la situation sécuritaire et sociale en Tunisie semble être relativement loin d'être redressée à la lumière de la crise politique déclenchée après l'assassinat le 6 février dernier de l'un des principaux opposants et l'amplification de certains aspects de violences qui ont semé d'un côté le doute chez les Tunisiens et perturbé de l'autre côté le rendement des dirigeants à l'approche des prochaines échéances électorales prévues fin 2013.

Franco-tunisien et analyste principal pour la Tunisie à " International Crisis Group" (une ONG siégée à Bruxelles et spécialisée dans la prévention et la résolution des conflits armés) , Michaël Béchir Ayari a fait lundi ses remarques lors d'une interview accordée au correspondant de l'Agence de presse Xinhua.

"Depuis la chute du régime de Ben Ali en janvier 2011, a indiqué M. Ayari, la Tunisie a connu une augmentation des actes de violence. Un nombre élevé d'attaques et d'agressions contre les personnes et les biens est attribué au courant salafiste (mouvance islamiste radicale). Aussi spectaculaires que soient ces violences, il ne faudrait pas les dramatiser, les confondre toutes avec le terrorisme et les associer toutes aux mêmes causes. La grande majorité de ces violences est pour le moment de faible intensité et relève de causes sociales et urbaines tout autant que religieuses ou politiques".

Toutefois, a-t-il poursuivi, certaines manifestations de violences en Tunisie "montrent de manière inquiétante que des armes à feu circulent clandestinement sur le territoire et atterrissent parfois dans les mains d'islamistes radicaux. Plusieurs auteurs des actes de violence, anciens combattants en Afghanistan, au Yémen, en Somalie ou en Irak sous l'ère Ben Ali, sont aguerris".

Et d'ajouter que d'après des militants sécularistes, "près de 2 000 Tunisiens, dont nombre de salafistes-djihadistes (une branche armée), seraient actuellement en train de faire la guerre en Syrie du côté de l'opposition fondamentaliste et pourraient, de retour au pays, grossir les rangs de leurs camarades demeurés sur le sol tunisien".

D'après l'analyste de l'International Crisis Group, "le laxisme relatif d'Ennahdha (parti islamiste majoritaire au pouvoir en Tunisie) à l'égard de ces violences est lié à des décisions stratégiques et tactiques, il est aussi renforcé par un certain désordre au sein des institutions sécuritaires et judiciaires, ainsi que par l'incertitude générée par la transition politique".

Evoquant les derniers événements sur la scène politique tunisienne juste après l'assassinat le 6 février dernier de l'une des figures de proue de l'opposition avec la démission de l'ex- Premier ministre et la désignation d'un nouveau chef du gouvernement qui n'est autre que l'ex-ministre de l'Intérieur, M. Ayari a estimé qu'"une réponse d'ordre sécuritaire soit nécessaire (..) et cela d'autant plus qu'une forme de djihadisme (engagement dans une guerre sainte) parvient de plus en plus à transcender les frontières".

Mais, a-t-il rétorqué, il ne faudrait pas jeter salafisme tunisien et djihadisme type Al-Qaïda dans un même sac et les traiter pareillement, au risque d'inciter à davantage de radicalisation et de violence". Il convient au contraire de distinguer plusieurs phénomènes et les traiter de façon distincte: "actions de jeunes chômeurs ou marginalisés qui trouvent dans le salafisme djihadiste un exutoire facile; tentatives d'imposition d' un certain ordre religieux ou moral qui effraient de nombreux citoyens; et enfin, djihadisme terroriste tel qu'habituellement conçu".

Ce constat sécuritaire incertain a certes semé un certain doute quant à la faisabilité des élections présidentielles et législatives prévues pour fin 2013. "La tenue des élections est tout à fait possible à moyen terme, mais si la voie du dialogue échoue, l'approche des prochaines échéances électorales pourrait donner lieu à de nouvelles violences", a révélé M. Michaël Béchir Ayari.

Pour s'expliquer, M. Ayari a indiqué que les résultats des prochaines élections deviendraient "quasiment une question de survie pour les islamistes comme pour les non-islamistes". Pour prévenir, l'analyste a estimé que les forces politiques doivent chercher le moyen de se convaincre mutuellement qu'à l'issue du scrutin, et quels que soient les scénarios à court et à moyen terme, les uns comme les autres ne subiront pas un contrecoup grave et ne seront soumis ni à l'arbitraire politique ou religieux ni à la répression.

Le constat actuel en Tunisie, comme l'a explicité M. Ayari, fait ressortir les ingrédients d'une crise politique et des violences sociales, déclenchées par l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd, d'une polarisation extrême entre islamistes et anti- islamistes, de sérieuses divisions au sein d'Ennahdha ainsi que d' une certaine radicalisation du discours et de la pratique djihadiste.

"Les autorités pourraient être tentées, a-t-il fait remarquer, par une gestion exclusivement sécuritaire. En réaction, la possibilité d'actes terroristes beaucoup plus violents que les violences de faible intensité n'est pas – plus – à exclure". L' entrée dans cette dynamique pourrait également enrayer le processus d'institutionnalisation des islamistes radicaux, lequel est potentiellement porteur de modération. Et elle pourrait faire évoluer Ennahdha vers une approche plus contraignante du point de vue religieux, accentuant le clivage islamistes/laïques à l' approche des échéances électorales.

La situation sécuritaire en Tunisie ne peut pas être isolée de son environnement régional où la tension bat son plein avec des perturbations en Libye et un conflit armé au Mali. "La circulation d'armes à feu et explosifs sur le territoire tunisien et la porosité des frontières avec les voisins libyen et algérien – phénomène aggravé d'abord par les évènements en Libye et désormais par ceux qui agitent le Mali – exigent une réponse régionale et, en particulier, une coopération sécuritaire étroite entre Alger, Tripoli et Tunis", toujours selon M. Michaël Béchir Ayari.

Il s'est enfin montré persuadé que "les saisies de ce type de matériel se sont en effet multipliées depuis le début de l'année 2013 et la situation risque d'empirer. Le 13 janvier, le chef d' Etat tunisien déclarait ainsi que des salafistes-djihadistes tunisiens seraient en relation avec des forces terroristes" impliquées dans le conflit malien, la Tunisie était, d'après lui, sur le point de devenir un corridor entre l'armement libyen et la région du Mali".

De même, a conclu M. Ayari, "une trop grande perméabilité des frontières pourrait favoriser le passage de djihadistes tunisiens en Algérie et au Mali. Réalité déjà observable: onze des 32 ravisseurs du site gazier d'In Amenas en Algérie à la mi-janvier seraient de nationalité tunisienne".

La Tunisie passe actuellement par une étape charnière dans toute son histoire se démarquant essentiellement par la multitude des défis à relever et à leur tête l'apaisement d'une tension sociale alimentée par la hausse des prix et l'insatisfaction sur le rendement des dirigeants en plus d'une situation économique déséquilibrée et peu rassurante pour les partenaires étrangers de la Tunisie pour en finir avec une crise politique au sommet du pouvoir aggravée par un constat sécuritaire explosif. Les résolutions-clés comme perçues par les experts et analystes consiste en la finalisation de la nouvelle Constitution et passer aussi rapidement que possible aux élections pour plier la page de la transition pour entamer celle de la construction.

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