Nous savons tous que les continents que nous habitons ne sont pas ceux qu’ils étaient il y a des millions d’années, et qu’ils seront encore différents dans un futur lointain. C’est ainsi que dans 50 millions d’années, il n’existera plus une seule Afrique, mais deux, séparées par un nouvel océan.
Les scientifiques savent depuis des années que la plaque tectonique africaine se sépare de la plaque somalienne au niveau de la Vallée du Grand Rift, un phénomène géologique qui s’étend de la mer Rouge au Zambèze, sur plus de 6 000 km et 40 à 60 km de largeur. Ce fait était établi, mais on ne savait pas pourquoi. Aujourd’hui, la querelle entre les géophysiciens et les géochimistes est enfin résolue.
Pour les géophysiciens, cela serait la conséquence d’un super panache mantellique, qui se produit lorsqu’une grande quantité de roche chauffée par le noyau terrestre s’élèvent vers la croûte et entraîne une division de la plaque tectonique, alors que, pour les géochimistes, deux petits panaches indépendants seraient en cause, et pousseraient les deux plateaux - le kenyan et l’éthiopien - chacun de leur côté.
Bien décidé à trancher, un géochimiste de l’Institut Scripps pour l’Océanographie s’est rendu sur le terrain, en 2006 et 2011. Les résultats de son étude ont été publiés en avril dans la revue Geophysical Research Letters, et ils apportent une réponse claire aux interrogations des géologues : l’Afrique se divise lentement en deux parties sous l’effet d’un unique et profond panache mantellique. David Hilton et ses collègues ont pour cela grimpé au sommet de volcans de Tanzanie et d’Ethiopie pour étudier les gaz qui en émanent. Ils ont également effectué des prélèvements dans les mazuku (vents du diable, en Swahili), des brèches dans lesquelles des gaz mortels s’accumulent, puis collecté des échantillons de roches expulsées lors d’éruptions, qu’elle a ensuite analysés dans ses laboratoires, en Californie, en mesurant la quantité d’hélium 3 présente dans ces roches, un isotope de l’hélium enfermé dans le noyau terrestre depuis la formation de notre planète, il y a 4,5 milliards d’années.
Nous aurons donc un jour deux Afriques, mais ne soyez pas pressés de voir le résultat… le processus devrait encore prendre quelques dizaines de millions d’années avant qu’un nouvel océan ne divise le continent en deux parties !