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Les attentats rongent l'Europe tel un cancer

Xinhua | 16.09.2017 10h39

Connu pour être au coeur de l'Europe, Bruxelles a de quoi séduire les touristes avec ses milliers d'hectares d'espaces verts et ses bâtiments néo-classiques.

Mais les militaires lourdement armés qui patrouillent dans les jardins publics, les stations de métro et les sites touristiques nous ramènent vite à la réalité : cette ville, déjà visée deux fois cette année, demeure sous la menace du terrorisme.

Ce qui se passe à Bruxelles est la quintessence de ce qui arrive dans toute l'Europe.

Tel un fantôme, la menace d'attentats ne cesse de hanter les Européens. Rongée par cette menace, l'Europe est de moins en moins une terre de tranquillité.

TROIS NOUVELLES TENDANCES D'ATTENTATS EN EUROPE

En dépit des mesures de lutte antiterroriste prises par les gouvernements des pays membres de l'Union européenne, le nombre et la fréquence des attentats ne cesse de croître régulièrement.

En date de la fin août, le continent avait essuyé au moins 13 attaques terroristes, faisant au moins 58 morts et plus de 300 blessés en Belgique, en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne, en Suède et en Finlande, entre autres.

Désormais, les terroristes ne recherchent plus à obtenir des résultats spectaculaires avec de gros moyens, mais tendent vers une régularité afin de déstabiliser leurs adversaires, explique Frédéric Gallois, ancien patron du GIGN, le groupe d'intervention d'élite de la gendarmerie française, après les attentats en Catalogne. C'est cette régularité qui pose désormais problème à ses yeux.

En ce moment, on compte un attentat toutes les quatre à six semaines en Europe, poursuit-il en notant qu'à chaque accalmie, chacun se dit que "quelque chose va se passer".

A l'opposé d'attentats sophistiqués comme celui du 11-Septembre, les terroristes alternent aujourd'hui entre attaques commises par des "loups solitaires" et attaques plus organisées. De plus, les suspects des attentats de Barcelone et de Turku (Finlande) étaient des personnes ordinaires, sans casier judiciaire, rendant le travail des enquêteurs encore plus difficile.

En outre, le recours aux réseaux sociaux et à des objets du quotidien lors de la commission des crimes rendent plus difficiles la détection et la prévention de ces attaques.

Par ailleurs, de nombreux suspects d'attentats en Europe sont des descendants d'immigrés qui sont nés dans le pays. Pendant longtemps, les pays européens ont fermé les yeux sur le fait que certains de leurs citoyens étaient inspirés par l'extrémisme et sont partis rejoindre le "djihad" au Moyen-Orient et dans d'autres zones de guerre.

Alors que des groupes tels que l'Etat islamique sont durement frappés en Irak et en Syrie, ces combattants regagnent l'Europe en tant que résidents légaux. Europol estime leur nombre à plus de 5.000 et voit en eux une source de grande préoccupation.

LE CERCLE VICIEUX DE LA VIOLENCE

Cet environnement qui nourrit l'extrémisme est non seulement lié à des problèmes socio-économiques européens, mais aussi est favorisé par la situation internationale, confiait en 2015 à Xinhua, Ruwen Ogien, un philosophe français récemment disparu.

D'une part, les attaques terroristes croissantes en Europe sont étroitement liées aux politiques d'intervention menées par plusieurs pays européens au Moyen-Orient. S'emparant des ressources et des marchés, les pays européens ont depuis longtemps cherché à y maintenir leur propre sphère d'influence.

Pourtant, la politique égocentrique des pays européens ont non seulement perturbé le développement économique local, mais ont également entravé l'industrialisation du monde arabe, provoquant davantage de pauvreté et d'inégalités, terreau du terrorisme.

Fidèles à leur principe du "deux poids, deux mesures", les pays occidentaux ont depuis longtemps usé de la lutte contre le terrorisme comme d'un instrument au service de leur "politique du Moyen-Orient". Au lieu d'éliminer le terrorisme, les puissances occidentales ont créé le terreau favorable à son expansion dans la région, entraînant l'Europe dans un cercle vicieux où la violence entraîne la violence, estime Shen Yihuai, expert en affaires européennes à l'Institut chinois des relations internationales contemporaines.

D'autre part, en raison du recul économique et du taux de chômage élevé en Europe ces dernières années, le manque d'intégration des immigrés à la société européenne, un problème récurrent, s'est aggravé.

Martin Wolf, économiste et écrivain britannique, a déclaré que la crise financière de 2008 avait frappé les travailleurs non-qualifiés ou semi-qualifiés en Occident qui avaient été jusque là d'importants bénéficiaires de l'industrialisation.

M. Wolf, commentateur économique en chef du quotidien britannique Financial Times, est convaincu que le rôle grandissant joué par le secteur financier, les importations croissantes des biens à forte intensité de main-d'oeuvre, ainsi qu'une immigration en hausse expliquent la colère de l'opinion publique en Occident.

Troisièmement, le paradoxe inhérent de la démocratie occidentale se traduit par une protection insuffisante des groupes marginalisés. Les attentats répétés ne peuvent uniquement être attribués aux conflits culturels et religieux entre Occident et Moyen-Orient. Le système social occidental en proie à des conflits et des contradictions internes devrait être également mis en cause, selon M. Ogien.

Par ailleurs, la culture chrétienne dominante dans les pays européens déforme et rejette la culture musulmane, intensifiant ainsi une vague de conservatisme dans les sociétés européennes.

Les pays européens devraient réfléchir à des politiques domestiques et extérieures et faire des ajustements opportuns, car ils sont cruciaux pour la stabilité à long terme du continent, pense Cui Hongjian, directeur de l'Institut chinois des études internationales.

(Rédacteurs :Yishuang Liu, Wei SHAN)
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