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Des scientifiques allemands réussissent à décrypter le patrimoine génétique des Égyptiens de l'antiquité

le Quotidien du Peuple en ligne | 02.06.2017 08h26
Des scientifiques allemands réussissent à décrypter le patrimoine génétique des Égyptiens de l'antiquité
Une des momies utilisées pour l'analyse. Photo : Ägyptisches Museum und Papyrussammlung Berlin.

Qui étaient les Égyptiens de l'antiquité ? L'analyse de momies, qui nous apprend souvent bien des choses, a révélé un autre secret, à savoir que certains de ces Égyptiens partagent très peu de l'ascendance africaine subsaharienne qui domine le patrimoine génétique des Égyptiens d'aujourd'hui. L'analyse génétique a été réalisée sur 93 momies qui vivaient dans un centre important de l'Égypte ancienne, et elle a montré que le génome antique de cette région ne contient presque aucune trace de cet ADN subsaharien ; il ressemble plus au patrimoine génétique des habitants du Proche-Orient et du Levant. La découverte, publiée aujourd'hui dans Nature Communications, laisse entendre que le patrimoine africain évident dans les populations égyptiennes modernes pourrait avoir été le résultat de la traite négrière sur le Nil au cours des 1 500 dernières années.

Les chercheurs ont utilisé des techniques modernes d'analyse génétique pour étudier les génomes de 93 momies qui ont vécu entre 1 300 av. J.-C. -la fin de la période du Nouvel Empire- et vers 30 av. J.-C. à l'époque romaine. Les momies ont été enterrées à Abusir el-Meleq, un important centre religieux et commercial. « Une des questions qui nous ont motivé pour notre étude était de tenter de savoir quand l'Égypte a été conquise par les Grecs ou Alexandre le Grand ou par les Nubiens ou par les Romains, et si cela a eu un impact ou non sur la population », a déclaré le professeur Johannes Krause, archéo-généticien à l'Institut Max Planck pour la science de l'histoire humaine, en Allemagne. C'est une question à laquelle il est difficile de répondre en utilisant des artefacts et des documents historiques, et c'est ce qui explique pourquoi le professeur Krause et ses collègues ont décidé de regarder dans un matériel génétique conservé.

Ils ont prélevé des échantillons de matériel biologique à partir d'os et de dents de momies, et ont extrait l'ADN en utilisant des techniques de séquençage qui leur permettent également de vérifier que le matériel génétique était en effet ancien et non le résultat d'une contamination moderne. Ils ont ensuite comparé les génomes de ces anciens Égyptiens avec des données du génome des Égyptiens modernes. Selon le professeur Krause, les résultats obtenus ont été le contraire de ce qu'ils s'attendaient à trouver. « Au lieu de constater que les anciens Égyptiens étaient plus africains, nous avons réellement trouvé qu'ils étaient presque zéro ou beaucoup moins d'Afrique subsaharienne que la population qui vit en Égypte aujourd'hui », a-t-il déclaré. « Ils ont ces liens génétiques les plus proches avec le croissant fertile et les populations orientales de ce qui est maintenant Israël, mais nous ne pouvons pas vraiment dire s'ils sont venus de là ou s'ils ont simplement évolué avec un flux de gènes tout au long de ce temps dans cette région ».

Les chercheurs ont également constaté une continuité génétique claire tout au long de la période de 1 300 ans des momies étudiées, malgré le fait que, pendant ce temps, l'Égypte a été envahie par les Grecs, les Romains et les Nubiens. « Nous ne voyons pas vraiment qu'il y ait eu beaucoup de changements génétiques lorsque tous les envahisseurs étrangers sont arrivés, aussi ils ne semblent pas avoir un impact sur la population normale égyptienne », a déclaré le professeur Krause. Et pourtant, à un certain moment au cours des 1 500 dernières années, il y a eu un ajout majeur du matériel génétique subsaharien -principalement des Yoruba d'Afrique de l'Ouest- dans la population égyptienne.

Malheureusement, il n'y a pas beaucoup d'informations archéologiques couvrant cette période médiévale, a déclaré le professeur Strause. Mais il existe des signes d'une exploitation active des esclaves qui a atteint son apogée au 19e siècle et qui a été responsable du transport de millions d'esclaves d'Afrique subsaharienne en Afrique du Nord et en Égypte. Comme le matériel génétique provient d'un seul site en Moyenne-Égypte, les chercheurs ont toutefois souligné que l'étude pourrait ne pas être représentative pour tous les anciens Égyptiens, mais elle ouvre tout de même la voie à l'analyse génétique de momies plus nombreuses et plus anciennes, ce qui devrait nous en apprendre davantage sur leurs origines, a déclaré le professeur Krause.

(Rédacteurs :Guangqi CUI, Wei SHAN)
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